Matraquage nocturne à « Occupy la Défense »

Le campement installé à la Défense depuis trois semaines a subi une nouvelle charge des forces de l’ordre, dans la nuit de samedi à dimanche. Les « Indignés » tiennent mais fatiguent.

Erwan Manac'h  • 29 novembre 2011
Partager :
Matraquage nocturne à « Occupy la Défense »
© Photos : AFP / Joël Saget

2h30 du matin, dimanche 27 novembre, la police intervient sans somation contre 70 « Indignés » qui dorment au pied des marches de l’arche de la Défense, en proche banlieue parisienne. Un dôme en carton de 5 mètres de diamètre, conçu par des artistes et acheminé sur le campement en pièces détachées quelques heures plus tôt est empoigné par les CRS et les gendarmes mobiles. « C’était une œuvre d’art, amovible et inhabitable , fait valoir Renaud, un participant contacté par téléphone. Nous avions déposé des demandes en bonne et due forme en préfecture. L’intervention était illégale. » Au cours de l’après-midi, samedi, 200 personnes s’étaient retrouvées sur la place d’après le communiqué de la « commission communication », envoyé dimanche, pour installer le dôme en grande pompe.

Depuis le début de l’occupation, malgré le froid, quelques dizaines d’« Indignés », parfois plusieurs centaines, tiennent un campement au cœur du quartier des affaires de la Défense. Les forces de l’ordre empêchent systématiquement l’installation de tentes ou d’abris de fortune. « Tout ce qui nous permet de nous réchauffer – les cartons, les cagettes – est rapidement confisqué » , raconte Florent, qui participe au campement. « C’est une stratégie politique, ajoute Mathilde. Les décisions sont prises par le préfet en cohérence avec la politique de son gouvernement » . Dimanche, l’intervention a fait un blessé (bras cassé).

La Défense, 15 novembre 2011 - Joël Saget / AFP

« Fatiguée et divisée »

Au cours d’une longue assemblée générale, dimanche, les Indignés ont décidé de maintenir le campement malgré ces conditions « hyper difficiles » , d’après Sophie, une participante jointe lundi par téléphone. La centaine d’indignés présente dimanche est « fatiguée et divisée » , raconte Mathilde : « À titre personnel, j’ai le sentiment que l’occupation a atteint son but en faisant parler des indignés. La mission est remplie, le mouvement doit continuer sous d’autres formes. »

En attendant, « occupy la défense » continue autour d’une poignée d’irréductibles. Les Indignés annoncent par ailleurs une marche, le 10 décembre, dans le nord de Paris, dans le cadre d’une nouvelle journée mondiale d’action.

La vidéo de l’installation du dôme et de l’intervention des forces de l’ordre:


Société
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Comment l’extrême droite manipule la science pour justifier le racisme
Racisme 16 avril 2026 abonné·es

Comment l’extrême droite manipule la science pour justifier le racisme

Malgré le consensus biologique, l’extrême droite ravive le racisme des sciences biologiques du 19e siècle qui ont justifié esclavagisme et colonisation. Cette résurgence irrigue le débat public et donne au racisme l’apparat d’un discours académique pour mieux se légitimer.
Par Juliette Heinzlef
« Qu’est-ce qu’il dit l’orang-outan ? » : Frontières visé par une plainte pour ses commentaires racistes 
Exclusif 16 avril 2026 abonné·es

« Qu’est-ce qu’il dit l’orang-outan ? » : Frontières visé par une plainte pour ses commentaires racistes 

Visé par des dizaines de commentaires le comparant à un « singe » suite à une vidéo de Frontières sur Facebook, Bouna M. a porté plainte contre le site d’extrême droite pour provocation publique à la haine et contre les auteurs des injures.
Par Hugo Boursier
Comment la loi Yadan entend « légiférer la censure » des voix pro-palestiniennes  
Analyse 15 avril 2026 abonné·es

Comment la loi Yadan entend « légiférer la censure » des voix pro-palestiniennes  

La proposition de loi Yadan, débattue ce jeudi 16 avril, suscite de vives inquiétudes en raison de son caractère jugé liberticide et son contenu flou. Avocats, associations et artistes redoutent un recul de la liberté d’expression. 
Par Kamélia Ouaïssa
« Nous utiliserons tous les moyens parlementaires pour que la loi Yadan soit rejetée »
Entretien 15 avril 2026

« Nous utiliserons tous les moyens parlementaires pour que la loi Yadan soit rejetée »

La députée LFI Gabrielle Cathala, désignée cheffe de file contre la proposition de loi de Caroline Yadan, explique comment son groupe entend combattre le texte dans l’hémicycle.
Par Hugo Boursier