Sonny Rollins à l'Olympia : on the Sonny Side

Sonny Rollins jouait à l’Olympia le 14 novembre. Octogénaire claudiquant mais d’une puissante vélocité, le Boss du Ténor a ensoleillé cette salle pendant deux bonnes heures. Sans bravade mais à la hauteur de sa légende.

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Il est entré rapidement et a commencé à jouer aussi sec. Les spectateurs qui tardaient se sont dépêchés de s’installer dans le noir, dissimulant partiellement aux regards, dans cette salle tout en profondeur de l’Olympia, une petite silhouette, voûtée et claudicante. Pantalon large noir et veste blanche, la chevelure neige moussant comme la barbe et tranchant avec la coupe plaquée qu’il arborait dernièrement, Sonny Rollins, un des derniers géants du jazz (dit-on à propos de ceux qui ont marqué cette musique depuis les années 1950 : Bud Powell, Miles Davis, John Coltrane…), était sur scène à Paris ce 14 novembre. L’allure vieillie mais le son ardent, reconnaissable entre mille.

Quelques notes un peu nasillardes pourtant au début, dépaysantes, déconcertantes. Du coup, l’attention se portait sur sa gestuelle : Sonny Rollins souffle dans son saxo en balançant le haut du corps, de la verticale, rarement atteinte, à l’horizontale ou presque. Le Boss du Ténor a toujours bougé ainsi, ajoutant à ce balancier des déplacements de long en large en petits cercles qui l’auraient même fait chuter de scène une fois...

Plus de cercles à présent, et des jambes qui font visiblement souffrir cette icône de 80 ans passés, mais des petits chaloupés du ventre aux épaules et des allers retours clopinant d’un bout à l’autre du quartet qui l’accompagne et à qui il faisait face de temps à autre, tournant le dos au public : Peter Bernstein à la guitare, assez présent, en contrechamps ou en écho ; Bob Cranshaw à la contrebasse électro-accoustique, essentiel mais un peu discret ; Sammy Figueroa aux percussions, stimulant le phrasé du saxo ; et le jeune Kobie Watkins, énergique et inspiré à la batterie.

Le groupe est récent, mais l’instrumentation ne varie plus depuis des années, Sonny Rollins s’appuie sur la même formation et une musique assez peu arrangée, se servant de chacun et de la synergie collective comme d’une piste d’envol pour ses chorus. Belle présence et jolis solos pour les membres du quartet mais pas de défi lancés au maître. Le son du ténor dominait, surplombait, ponctuait, relançait, commandait, passait la main puis la reprenait, comme si Sonny Rollins n’était encore et toujours qu’en train de jouer sous son pont de Williamsburg (New York), un décors changeant derrière lui à chaque morceau...

Une sérénade – tradition italienne et française a-t-il annoncé au micro d’une voix un peu essoufflée et enrouée-. Une ou deux ballades par la suite. Mais un concert gardant un bon tempo médium, sans rupture ni perdre haleine, et allongeant des mélodies allant du standard – « Falling in love is wonderful » – à une modulation joyeusement entêtante sur quatre ou cinq notes répétées. Le « Sound of Sonny » se dédoublait parfois, se donnant la réplique à lui-même, dans une conversation soutenue jusqu’à l’incandescent et traditionnel « Don’t stop the Carnival » final.

Deux sets et une pause de 20 minutes après laquelle il est revenu en chemise rouge flamboyante. Un rappel, pas plus : il avait prévenu qu’il ne pourrait pas jouer toute la nuit. Mais l’icône est restée à la hauteur de sa légende, malgré son âge, un soupçon de fatigue dans son « non stop blowing » et un Olympia pas radicalement différent du précédent, assortie d’une standing ovation de circonstance. Tout le monde n’a pas la chance de le voir à chacun de ses passages en France. D’où cette tonalité un rien testamentaire dans ses adieux :  « J’espère vous revoir lors d’un prochain concert dans le coin » , a-t-il soufflé, ajoutant un « hopefully » qui sonnait comme un « Inch Allah » .


Photos : AFP

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