Thomas Coutrot : « Un krach démocratique »

En marge du « forum des peuples » de Nice et au moment de l'ouverture d'un G20 annoncé comme un « super fiasco », le coprésident d'Attac, économiste et statisticien, dénonce la mollesse des mesures prises par les chefs d'États et analyse les enjeux du G20 comme du contre-sommet altermondialiste.

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Nous entendons beaucoup de discours catastrophistes face à la crise de la dette, à gauche mais pas seulement. La situation vous semble-t-elle si grave ?

Oui, je pense que la situation est extrêmement grave. Nous sommes en train d'assister au début de l'explosion de l'Union européenne. Les mesures prises jusqu'à présent par les chefs d'États ne sont que des palliatifs dérisoires par rapport à l'ampleur et à la racine des problèmes. Les réactions suite à la décision du Premier ministre grec de tenir un référendum sont extrêmement révélatrices de ce que le philosophe Jacques Rancière appel la « haine de la démocratie ». Nous avons des élites européennes qui ont définitivement rompu avec l'idée de démocratie et qui considèrent que les affaires économiques et financières sont trop sérieuses pour être discutées par les peuples et qu'elles doivent être discutées entre gens responsables. Entre les représentants élus et les banquiers.Nous sommes en train d'assister non seulement à un krach financier, mais à un krach démocratique en Europe. On assiste aussi à la construction du peuple grec comme un bouc émissaire de la crise européenne et de ce qui va se passer maintenant... qui sera probablement assez dramatique.

Que peut-on attendre, ou espérer, du sommet du G20 de Cannes ?

Le G20 a été d'emblée plombé par des divisions au sein de l'Union européenne, entre l'UE et les États-Unis et entre les États-Unis et la Chine. Le seul dossier sur lequel ils pouvaient escompter faire un effet d'annonce c'était le dossier européen. Ils espéraient pouvoir annoncer la participation des pays émergents au fonds européen de stabilité financière. Or, même cela est remis en cause par la décision de Papandréou [entretien effectué avant les rebondissements du 3 nov., NDLR], si elle est maintenue, car il y a des pressions extrêmement fortes. Le G20 qui s'annonçait déjà comme un fiasco a beaucoup de chances de devenir un super fiasco.

Dans ce contexte, le « Forum des peuples » n'a pas réussi à rassembler au-delà de son noyau habituel. Êtes-vous audibles ?

Il faut bien voir que les formes de la mobilisation sociale sont en train de se renouveler très profondément et que les rassemblements traditionnels altermondialistes tels qu'on les a connus depuis Seattle en 1999 ne correspondent plus vraiment aux attentes des citoyens. Ils voient l'impuissance de ces sommets, leur caractère rituel et inutile, et sont en train de choisir d'autres modes d'action pour faire entendre leur voix.

De notre côté, ce forum est une occasion de nous faire entendre. Il y aura quelque 3000 journalistes à Cannes pour le G20, si nous pouvons en récupérer quelques dizaines pour faire passer quelques idées, c'est déjà une bonne chose. On a bien conscience que ce n'est pas aujourd'hui la forme adaptée à l'élargissement de la mobilisation.

En revanche, le mouvement est en train de trouver ses formes. La vague de mobilisation citoyenne des « indignés » partis de Tunisie et d'Égypte est la vraie nouveauté. C'est un mouvement qui s'inscrit dans la filiation du mouvement altermondialiste et en reprend les principales revendications. C'est très enthousiasmant de voir que les citoyens peuvent s'organiser sans nous. C'est ce à quoi nous aspirons.

Nous sentons aussi que nous sommes dans une nouvelle phase de mobilisation, probablement aussi importante que celles des années 1960 dans le monde. La crise financière, sociale, écologique et démocratique qui est devant nous l'impose. Il est urgent que ces mouvements sociaux s'étendent.


Photo de Une : Jacques Demarthon / AFP
_ Photo article : Erwan Manac'h

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