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Les éditions La Fabrique, précieuse petite maison d’édition de documents et d’essais critiques que dirige le pétulant Éric Hazan, publie pour la première fois un recueil de poésie, Toi aussi, tu as des armes , sous-titré « Poésie et politique » (201 p., 12 euros). La Fabrique le reconnaît elle-même : « Cet ouvrage sort dans une maison d’édition qui n’a jamais publié de poésie – et l’on pourrait même dire que ce domaine se situe à bonne distance de son catalogue. » Elle ajoute cependant : « Mais ce livre n’a rien d’une bizarrerie. »

En effet. Que le poétique se coltine le politique est une « nouveauté » qui a maintenant 10 à 20 ans. Certes, il le fait de manière presque toujours détournée et sans le messianisme caractéristique des avant-gardes du passé. Grinçantes, distanciées, faussement cyniques, les entreprises poétiques les plus redoutables sont celles qui ont commencé par véroler la langue du pouvoir, miner le charabia économique, technocratique, communicationnel, exploser le nouveau discours compassionnel.

Que l’un des éditeurs les plus politiques, à l’écoute des nouvelles formes de mobilisations et d’interventions militantes, publie de la poésie, non pas celle qui chante l’espoir et les vieilles lunes, mais la plus contemporaine, la plus incisive et la plus littérairement risquée, est une excellente nouvelle. Jean-Christophe Bailly, Jean-Marie Gleize, Christophe Hanna, Hugues Jallon, Manuel Joseph, Jacques-Henri Michot, Yves Pagès, Véronique Pittolo, Nathalie Quintane sont ici ceux qui fourbissent la possibilité des armes. Des francs-tireurs intransigeants, prêts aux révélations les plus audacieuses, comme celle-ci : « Rimbaud plaça Changer la vie dans la bouche du ridicule Verlaine (la Vierge folle). Il savait que ce serait un jour ou l’autre repris par Manuel Valls. »


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