« Golgota picnic » : une soirée... divine

Hier soir, quelques centaines de personnes se sont rassemblées pour protester contre les menaces formulées par des catholiques intégristes à l’encontre du théâtre du Rond-Point qui programme la pièce « Golgota picnic », et pour défendre la liberté d’expression.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Chaude ambiance, hier soir, sur le rond-point des Champs-Elysées. Un périmètre de sécurité encercle tout le quartier à plusieurs centaines de mètres à la ronde. Les CRS se comptent par centaines. C’est qu’après avoir déversé de d’huile de vidange et des gaz lacrymo sur les spectateurs de « Sur le concept du visage du fils de Dieu », de Castellucci, programmée au théâtre de la Ville fin octobre, environ 160 catholiques intégristes ont repris du service devant le théâtre du Rond-Point : des menaces de mort ont été envoyées à Jean-Michel Ribes, le directeur du théâtre, qui a programmé « Golgota picnic » de l'Argentin Rodrigo Garcia. Une pièce jugée « blasphématoire » .

« Pour nous, le Christ, c’est un membre de la famille »

On redoute donc de graves perturbations pour la première ; elles n’auront finalement pas lieu. Une dizaine d’organisations (Parti de gauche, Sud Culture, CGT, FSU, etc.) se sont retrouvées sur place, avec en tête la Ligue des droits de l’Homme : « Depuis deux mois, le courant catholique intégriste fédéré par l’Institut Civitas mène campagne contre des pièces de théâtre , explique un tract unitaire. Epaulé par des groupes violents, racistes, antisémites et hostiles au musulman-e-s comme le GUD, le Renouveau français ou l’Action française, il s’efforce de perturber la représentations de ces pièces par tous les moyens » .

Images : P. Graulle / Montage : E. Manac'h

À les voir, Florian et Amaury, la petite vingtaine, ne feraient pourtant pas de mal à une mouche. Une rose blanche à la main (c’est la fête de l’Immaculée conception), ils s’expliquent sur les raisons de leur présence : « Cette pièce est dégradante vis-à-vis de la religion chrétienne, je ne comprends pas que l’Etat subventionne une pièce qui va à l’encontre de la laïcité » , plaide Florian, étudiant en droit, ancien scout et « catholique pratiquant » (on n’en saura pas plus). « Pour nous, le Christ, c’est un membre de la famille : vous feriez quoi si votre père était agressé publiquement ? » , renchérit Amaury, étudiant en école de commerce à look BCBG, qui jure être autant choqué « quand on attaque l’Islam » . Aucun n’a vu l’objet du scandale - « et jamais je ne mettrai un sou pour voir cette pièce » , précise Florian.

« Beaucoup de bruit pour rien... »

Sur la place, les manifestants prennent la parole devant les journalistes, venus en nombre. « Le débat est pollué par l’extrême-droite et le gouvernement lui-même, qui ne cesse, depuis le début du mandat de Sarkozy, d’exacerber les logiques identitaires pour ne pas parler des vraies questions comme le chômage » , s’époumone Laurent Esquerre, d’Alternative libertaire. Suivi d’une nuée de caméras, Jean-Michel Ribes, en couvre-chef violine, va au contact de ses soutiens, sous les applaudissements. « Tout ça, c’est beaucoup de bruit pour rien, il faut remettre les choses à leur place » , soupire-t-il en s’éloignant.

20h45. La pièce, qui n’a toujours pas démarré, accuse un retard d’une trentaine de minutes. Pour accéder au graal, il faut passer par deux portiques de sécurité et une fouille au corps. « Mais dans quelle époque on vit ? » , s’indigne une jeune femme. Lever de rideau. Le metteur en scène a multiplié les pains (en l’occurrence des burgers) qui recouvrent la scène. Des sexes d’hommes et de femme, des vers de terre dans un hamburger, un « Saint-Suaire » qui ressemble à une anthropométrie d’Yves Klein (mais en rouge)... Voilà pour la provoc’. Pour le reste, un passage sans doute un peu osé où l’on évoque avec dérision le « messie du sida » . Mais pas de quoi casser trois pattes à un canard. La pièce s’achève par une bonne demi-heure où un pianiste (encore) nu joue « Les Sept Dernières Paroles du Christ sur la Croix » de Haydn. Un moment de grâce absolument... divin.


Photo : JOEL SAGET / AFP

Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notfications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.