Dossier : La politique noyée dans le talk-show

La politique fait le show

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Printemps 2006. Sur le plateau du « Grand Journal » de Canal +, Ségolène Royal vient d’annoncer à la France sa décision d’être candidate en 2007 à l’intervieweur… Jamel Debbouze. L’une en tailleur, l’autre en baskets, ils enchaînent une drôle de danse sur le tube de Diam’s « Génération non non ! », devant une brochette de chroniqueurs aux anges.

Derrière l’apparente spontanéité de cette scène (emblématique), des intérêts bien compris. D’un côté, des hommes politiques en quête d’un graal nommé non plus « citoyen », mais « grand public » – avec la promesse que l’audimat se transformera à terme en bulletins de vote. De l’autre, des patrons de chaîne qui  ont délaissé les émissions politiques « sérieuses » et ne jurent plus que par l’ infotainement . Une information « à très faible teneur informative , selon Frédéric Bourgade, de l’Acrimed, [mais] toujours fédératrice des opinions » . Et qui fait donc un carton plein en termes d’audience.

C’est que les annonceurs, comme les politiques, tout soumis qu’ils sont au diktat de la visibilité, partagent un but unique : plaire au plus grand nombre. Fini l’ennui devant « 7 sur 7 » ou « L’Heure de vérité » ! Le storytelling, l’émotion, ou mieux, le rire, ont conquis les talk-shows où se pressent nos femmes et hommes d’État. Pour notre plaisir (parfois réel), mais au risque du grotesque, de la vacuité, de l’indigestion.

Car les mêmes qui dépensent des sommes de plus en plus astronomiques en frais de coaching et de communication servent une parole consensuelle sur des thèmes de plus en plus restreints. Une communication bien lisse dont le moindre écart (en général contrôlé) fait désormais office de buzz plutôt que de débat.

De ce pas de deux entre le divertissement et la politique, la télé ressort toujours gagnante. Mais la démocratie ? Sans doute la mise en scène de cette pseudo-transparence, de cette lecture à livre ouvert des « personnalités » politiques, sert-elle en définitive à dissimuler le sens de leurs actes.


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