Little Bob fidèle au Havre

Le rocker, qui joue dans le film de Kaurismäki, est un emblème de la cité portuaire.

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Depuis 1974, année où il a commencé à faire d’innombrables tournées partout en France et dans de nombreux pays européens, Little Bob véhicule une certaine idée du Havre, ville dure de blousons noirs, cité portuaire marquée par le rock de l’Angleterre toute proche. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’il apparaisse dans Le Havre d’Aki Kaurismäki, où il interprète un petit rôle et, bien sûr, chante.

Aki Kaurismäki connaissait-il déjà le rock de Little Bob ?

Little Bob : Il y a vraiment très longtemps, alors qu’il était encore à l’université, il nous avait vus jouer dans un club de Tampere, en Finlande. Mais notre rencontre s’est faite bien après.

Au Havre, évidemment…

Il voulait faire un film dans un port. Après s’être baladé sur les côtes portugaises espagnoles et françaises, il a choisi Le Havre, à cause de la lumière si particulière de la ville, celle de l’estuaire de la Seine et de la mer. Il voulait tourner dans l’ancien quartier des dockers, là où j’habite. Mais, entre le moment où il est venu pour la première fois et celui du tournage, beaucoup de choses avaient été transformées, des lofts et des logements avaient remplacé les entrepôts. Certains lieux ont donc été reconstitués. Comme il cherchait un rocker pour le film, son premier assistant français, qui possédait tous mes albums, les lui a fait écouter. Il les a aimés. La première fois qu’il est venu chez moi, il m’a dit « Roberto [le vrai nom de Little Bob est Roberto Piazza, NDLR] , you’re a rebel like me ! » Rebelle, il l’est, c’est évident…

C’est aussi un passionné de rock.

Oui, il avait fait jouer Joe Strummer, de Clash, dans J’ai engagé un tueur. Il ne faut pas non plus oublier qu’il avait au départ lui-même monté le groupe des Leningrad Cowboys. Pour Le Havre, il a choisi ma chanson « Libero », parce qu’il en aimait le rythme, mais aussi parce qu’elle parlait d’immigration. Elle raconte l’histoire de mon père, venu d’Italie.

Dans les années 1970, Le Havre était considéré comme l’une des capitales françaises du rock’n’roll.

Aujourd’hui, toutes les salles de concert ont été fermées, il faut aller loin du centre-ville pour en écouter. Ceux qui en jouent sont à nouveau traités comme des bannis. C’est un problème pour les jeunes groupes qui veulent se faire entendre, moins pour moi qui ai pris l’habitude de ce genre de rejet et qui ai toujours été un hors-la-loi de la musique, refusant de chanter en français et faisant uniquement ce que j’avais envie de faire, en marge du show-biz. Je continue de me battre, en produisant financièrement moi-même mes disques.

Comment Little Bob parvient-il à faire « ce qu’il a envie de faire » ?

J’enregistre et je tourne toujours avec mon groupe habituel, qui est une sorte de machine de guerre rock, et en parallèle j’ai formé Little Bob Blues Bastards, au sein duquel je « bâtardise » de vieux standards de blues, je reprends aussi des chansons de Captain Beefheart ou de Tom Waits. Malheureusement, je n’ai pas encore réussi à toucher le public des puristes de blues, peut-être parce que ma réputation de rocker continue d’effrayer ! (Rires.)

Et l’avenir ?

Je ne vois vraiment pas vers quoi nous allons. Le « No Future » des punks est là, aujourd’hui. Il y a une dizaine d’années, j’avais d’ailleurs écrit une chanson intitulée No Future is Now  (« le No Future, c’est maintenant »), ce n’est pas un hasard si je continue de la chanter et si je l’ai mise sur mon best of.


Wild and Deep
(Best of 1989/2009), 2 CD, DixieFrog/Harmonia Mundi. Little Bob, La Story
Denoël,
19 euros.

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