Où en est la politique climatique mondiale ?

Politis.fr vous propose un cours de rattrapage sur une machine diplomatique complexe et cruciale, après l’échec du sommet de Durban.

Erwan Manac'h  • 13 décembre 2011
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Où en est la politique climatique mondiale ?
© Photo : Peter Macdiarmid / Getty Images/AFP. Alexander Joe / AFP

Les études scientifiques récentes s’accordent sur un constat : l’urgence de la situation. Selon deux scénarios prospectifs, le réchauffement climatique pourrait se situer entre 3,5 degrés d’ici 2050 et 7 degrés d’ici 2100. Car les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 45 % entre 1990 et 2010 et de 5,8% entre 2009 et 2010, d’après le Centre de recherche conjoint de la commission européenne.

-Où en est la politique internationale de lutte contre le changement climatique ?

Ce sont les pays développés qui, au nom de leur responsabilité historique dans le changement climatique, ont pris leurs responsabilités après la convention climat de l’Onu en 1992. Dans le cadre des accords de Kyoto, entrés en vigueur en 2005, 38 États industrialisés se sont engagés à diminuer leurs rejets de gaz à effet de serre de 5,2% en moyenne d’ici à 2012 par rapport au niveau de 1990 (8% pour l’Europe). Mais les pays engagés dans le protocole de Kyoto représentent 15% seulement des émissions de gaz à effet de serre dans le monde et les accords prennent fin en décembre 2012.

Marchés carbone

Les « marchés carbone » constituent aujourd’hui le principal dispositif pour lutter contre le changement climatique. Ils sont mis en place localement, comme en Californie ou en Australie, mais c’est l’Europe qui – pour atteindre les objectifs de réduction pris à Kyoto – a installé le cadre le plus important. Sur ces « marchés », les « crédits carbone » ou « permis d’émission » de gaz à effet de serre s’échangent comme des titres financiers. Les entreprises polluantes doivent acheter du « droit à polluer » vendu par d’autres au titre de leurs efforts pour accompagner la réduction des émissions.

Ce système permet aux États de lutter à moindre coût contre le réchauffement climatique. « C’est la raison essentielle de la défense du protocole de Kyoto par l’Union européenne », analysait lundi Attac dans un communiqué, estimant que ce fonctionnement permettait aux États de se détourner de leurs responsabilités. Car les associations dénoncent un système inefficace, opaque et truffé d’effets pervers (lire notre article). D’autant qu’il est encore peu contraignant pour les entreprises, car des quotas sont remis gratuitement dans le cadre de la phase transitoire de mise en place du système qui se termine fin 2012.

Des membres du World Wide Fund (WWF) le 7 Décembre en 2011 à Durban. - AFP / Rajesh Jantilal

Qu’est-ce que le sommet de Durban ?

195 pays étaient réunis en Afrique-du-sud pendant dix-sept jours dans le cadre de la Convention des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) pour établir un accord pour l’après Kyoto.

Les enjeux :

-Les États-Unis, la Chine et l’Inde émettent à eux seuls près de la moitié des gaz à effet de serre rejetés dans l’atmosphère. Or ils sont exempts des engagements pris à Kyoto.

-Le protocole de Kyoto arrive à échéance en 2012.

-Les pays émergents doivent engager des efforts, jusqu’ici réservés aux pays développés au nom de leur responsabilité historique.

-Les risques climatiques se font de plus en plus ressentir, en particulier du côté des îles-États menacées de submersion.

Durban, 9 décembre 2011. - AFP / Rajesh Jantilal

-Les projets forestiers, nucléaires ou hydroélectriques pourraient bientôt devenir convertible en « crédits carbone ». « Les sommets pour le climat sont devenus un défilé d’entreprises qui viennent faire des petits calculs d’apothicaires » , estime Sylvain Angerand des Amis de la terre. Des entreprises mettent en place des « compensations volontaires » pour anticiper les bénéfices possible des ces investissement vert. C’est le cas par exemple des projets forestiers, partant de l’idée – très contestée – que le CO2 pourrait être absorbé par les arbres.

Quelles ont été les conclusions du sommet de Durban ?

-L’Union européenne a accepté de prolonger le protocole de Kyoto, mais pas le Canada, le Japon et la Russie.

-Une « feuille de route », défendue par l’Union européenne, a été adoptée par tous les pays, Chine, Inde et pays émergents compris. Les plus gros pollueurs se sont donc assis à la table des négociations. Mais l’accord conclut à Durban laisse une grande largesse d’interprétation. Il engage les signataires à parvenir, d’ici à 2020, à « un protocole, un autre instrument légal ou une solution légale ayant une force légale ».

-Un Fonds climatique vert (« Green Climate » fund), annoncé à la conférence de Copenhague en 2009, est mis en place pour aider les pays en développement à faire face au changement climatique. Il devra être alimenté de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. Mais les 30 milliards promis d’ici 2012 sont restés lettre morte. Autres critiques des mouvements de lutte contre le changement climatique : ce fonds sera accessible aux entreprises privées et administré par la Banque mondiale, jugée antidémocratique et responsable du financement de nombreux projets polluants.

Les plus optimistes saluent donc l’effort diplomatique des États. Mais l’accord est jugé non-contraignant par les ONG qui ont unanimement critiqué la « timidité » de la communauté internationale, alors que les perspectives climatiques sont alarmantes.


Ailleurs sur le web :
Climat : Durban sauve Kyoto, mais avec des ambitions modestes (Les échos)

-Attac dénonce un « sommet ( …) du grand renoncement »

-Les décisions issues du sommet de Durban sont « un crime contre l’humanité » selon la coalition Climate Justice Now dans laquelle sont engagés Attac France, l’Aitec, les Amis de la Terre, la Via Campesina, etc….

-Le dossier d’Alternative économique : Climat : pourquoi ça n’avance pas.

Programme REDD sur la déforestation : un mécanisme vivement critiqué par les ONG (Novethic)

Écologie
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