À Dijon, Sarkozy encense la justice par le peuple

Nicolas Sarkozy était à Dijon le 26 janvier pour promouvoir sa réforme des « citoyens assesseurs », ces jurés populaires qui siègent depuis le début de l’année en correctionnelle pour juger certains délits graves. Un déplacement au bon goût de campagne électorale.

Xavier Frison  • 26 janvier 2012
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À Dijon, Sarkozy encense la justice par le peuple
© Photo : JEFF PACHOUD / AFP

Illustration - À Dijon, Sarkozy encense la justice par le peuple

On ne l’avait plus vu depuis ses fameuses déclarations sur une éventuelle défaite , dans la moiteur d’un soir de confidences, en Guyane. Le revoilà annoncé à Dijon, en Côte d’Or, l’une des terres d’essai -avec Toulouse- de sa réforme de la justice instituant le principe des jurés populaires en correctionnelle. Une trentaine de personnes patientent dans la brume matinale devant la cour d’appel de Dijon. Il est 11h, Nicolas Sarkozy ne se montrera sur le perron que deux heures plus tard. Mais pour ces citoyens, en bonne partie membres ou sympathisants de l’UMP, il fallait être présent derrière les barrières qui entourent le palais, situé au centre-ville. « C’est une bonne réforme pour rapprocher les gens de la justice , veut croire Martine, jolie blonde d’une quarantaine d’années, sept ans de militantisme UMP au compteur. Il n’y a aucune raison que la justice soit réservée aux magistrats. Pourquoi les citoyens ne seraient pas là pour juger ? »

Elle tente déjà de convaincre ses deux jeunes voisins, entrés derrière les barrières sans carte du parti ni invitation. « On met des jeunes devant pendant les événements, pour donner une image dynamique du parti » , souffle Martine. Qui ne voit pas en quoi l’intronisation des jurés populaires risquerait de ralentir le fonctionnement d’une justice déjà passablement embouchée. Pierrick, 19 ans, est plus sceptique : « C’est un élément qui pose problème, c’est sûr » . Etudiant en droit de première année, il est « venu voir Nicolas Sarkozy » , avant de venir soutenir la réforme. Mais il y voit tout de même « un processus plus démocratique, avec un système similaire aux assises qui a fait ses preuves » . Intégrer ces nouveaux jurés populaires coûtera cher, environ 40 millions d’euros. Et les embauches de magistrats promises par le ministère de la Justice laissent les syndicats de marbre. « Mais mettre plus de moyens, on ne peut pas » , élude Martine.

Dès l’annonce de la réforme, en avril 2011, les syndicats professionnels grinçaient des dents. L’Union syndicale des magistrats et le Syndicat de la magistrature dénonçaient une réforme coûteuse dans un contexte de misère financière de l’appareil judiciaire, à même d’allonger les délais de la justice. Même hostilité à la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) de Bourgogne. Car la « loi Mercier » prévoit aussi la création d’une juridiction d’exception pour les 16-18 ans, soit un tribunal correctionnel pour mineurs. Le SNPES PJJ FSU Bourgogne, première organisation des personnels de la PJJ locale, évoque « une redéfinition à marche forcée des missions et une restructuration des moyens humains et matériels (…) au détriment des usagers : jeunes et familles, issus à plus de 90 % de classes populaires. » Ni urgente, ni prioritaire, la loi fleure bon le coup électoral.

À l’estrade de la cour d’appel, dans le superbe bâtiment de l’ancien parlement de Bourgogne, Nicolas Sarkozy n’a que faire de ces reproches. Devant 500 personnes, dont beaucoup de tonsures, le président reprend les critiques pour mieux les tourner en ridicule. Et met en avant « une avancée démocratique majeure » , et la demande supposée du peuple d’une « plus grande sévérité de la justice » . Avant d’oser, en évoquant la professionnalisation du corps judiciaire : « La réforme des citoyens assesseurs la mettra en valeur » . La fin de l’allocution présidentielle sera consacrée aux victimes, marotte du président depuis ses années place Beauvau. « On m’a reproché d’être excessivement compassionnel, (…) je l’assume complètement » , lâche Nicolas Sarkozy, la voix artificiellement grave, avant de conclure : « Cette réforme instaure un trait d’union durable entre les Français et la justice. »

Pour Julien -un prénom d’emprunt-, kiné à Dijon et « citoyen assesseur », l’expérience a été positive sur le plan personnel. Mais « il est clair que le temps pris par les magistrats pour nous expliquer les choses allonge la durée des audiences. » Il verra passer quatre affaires, trois vols aggravés et un cas de violences conjugales. « Sur le premier dossier, on est paumé, et on est très ‘ guidé ‘ par les magistrats » , avoue-t-il. Conscient des changements que le dispositif va occasionner, le Dijonais de 31 ans prévient : « Il faut mettre des moyens. Si on en reste là, ce sera catastrophique pour la justice. » Juste avant le discours élyséen, Julien et d’autres citoyens assesseurs ont rencontré le président pendant presque une heure, pour un exercice « très préparé, pas une discussion à bâtons rompus. Nicolas Sarkozy a insisté sur l’idée de justice populaire » . En 2007, Julien avait voté Bayrou au premier tour, puis, écoeuré par « l’incompétence » de Ségolène Royal, Sarkozy au second tour. « Pas par conviction, mais par élimination » .

Par notre envoyé spécial, Xavier Frison

Politique
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