Journées noires sur internet

Christine Tréguier  • 26 janvier 2012
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Mercredi 18 janvier, les écrans noirs de la contestation flottaient sur internet. La faute à Sopa (Stop Online Piracy Act) et Pipa (Protect IP Act), deux projets de loi présentés respectivement devant le Congrès et le Sénat pour lutter contre le téléchargement illégal. Ces deux textes prévoient d’obliger les fournisseurs d’accès à bloquer les DNS (Domain Name Server) des sites (américains et étrangers) signalés par les ayants droit pour infraction au droit d’auteur. Une neutralisation expéditive qui s’accompagne d’un déréférencement dans les moteurs de recherche, et du gel de leurs transactions financières.

La levée de boucliers contre Sopa et Pipa a été générale. Les associations de défense des libertés, les fournisseurs d’accès, les acteurs d’Internet et les pionniers du Net sont unanimes. Le filtrage par DNS déstabiliserait profondément l’architecture même du réseau. Il constitue une menace pour la liberté d’information et un frein pour l’innovation et l’économie du secteur. Deux pétitions, dont une sur le blog de la Maison Blanche, ont récolté plus 50 000 signatures chacune. On a assisté au rétropédalage des auteurs des deux projets sur la question du filtrage DNS. Il serait urgent… d’y réfléchir. Et l’administration Obama s’est même fendue d’un communiqué sur son blog : «   Nous ne soutiendrons pas une législation qui réduit la liberté d’expression, augmente le risque de cyber-insécurité ou sape le dynamisme et l’innovation de l’Internet mondial.  » Le texte souligne également le danger d’une « manipulation des DNS » qui n’empêcherait pas pour autant la circulation de produits et de services illicites.

Forts de ces premiers résultats, les opposants appelaient donc à une journée de black-out . 75 000 sites se sont déclarés en grève, parmi lesquels des blogs, des sites de jeux et des médias en ligne, qui tous affichaient des écrans noirs ou des contenus censurés. Des poids lourds comme Google, Mozilla, Wikipédia, Flick’r ou la plateforme de blogs WordPress étaient au rendez-vous. Et des internautes sont descendus dans la rue à New York. À la mi-journée Google annonçait que 4 millions de personnes avaient signé la pétition. De son côté, l’Electronic Frontier Foundation a comptabilisé plus d’un million de messages de protestation envoyés au Congrès. Un franc succès qui a amené cinq sénateurs et deux représentants du Congrès signataires des projets de loi à faire savoir qu’ils retiraient leur soutien.

Mais le lendemain, c’est la douche froide. Mettant en application le blocage DNS, le Département de la Justice américain (DoJ) et le FBI annoncent la fermeture de 18 sites de la galaxie Megaupload (des sites de streaming de films, séries, musique etc.). Une partie des serveurs et des comptes bancaires ont été saisis, et sept personnes mises en examen, dont Kim Schmitz, dit « Kim Dotcom », fondateur de Megaupload, arrêté chez lui en Nouvelle-Zélande. Ils sont accusés de conspiration de racket, de blanchiment d’argent et d’infraction aux droits d’auteur, et risquent de vingt à soixante ans de prison. Les abonnés qui stockaient des fichiers légaux sur ces serveurs ignorent s’ils les récupéreront un jour.

En réaction, les Anonymous (groupe informel d’hackers) ont attaqué les sites du DoJ, d’Universal Music, de l’industrie musicale (RIAA) ou encore de l’Hadopi. Et les réseaux sociaux sont en effervescence. Si ce n’est pas la guerre, ça y ressemble.

Publié dans
Les blogs et Les blogs invités
Temps de lecture : 3 minutes
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