Mais que fait l’Hadopi ?

Christine Tréguier  • 5 janvier 2012
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En guise de cadeau de Noël, un collectif russe a offert aux internautes un site tout à fait inédit : youhavedownloaded.com (« vousaveztéléchargé.com »). Le principe est simple. Un programme fouineur récupère les adresses IP de ceux qui utilisent le protocole peer to peer BitTorrent pour télécharger gratuitement films, séries, musique ou jeux vidéo. C’est la même méthode que celle utilisée par TMG, la société privée chargée par l’Hadopi de prendre les pirates en flag’. À la différence près que là, le relevé des radars est rendu public, et on peut savoir qui des 55 000 utilisateurs flashés a téléchargé quoi. L’idée des créateurs de youhavedownloaded.com n’est pas de faire le boulot de TMG, mais d’inciter les internautes [intelliTXT1<-]
à la prudence : « On veut simplement rappeler aux gens qu’il ne faut pas s’attendre à garder une vie privée sur Internet. »

Depuis, c’est la franche rigolade ! Les défenseurs du libre partage se sont empressés d’aller fouiner dans cette base et de balancer aux médias les pirates les plus notoires.Sony Pictures Entertainment, Fox Entertainment et NBC Universal se sont ainsi fait prendre la main dans le Torrent, en flagrant délit de téléchargement depuis leurs bureaux.Le blog Nikopik a déniché cinq adresses IP appartenant à l’Élysée. Puis d’autres estampillées ministère de la Culture. [intelliTXT2<-]
«   Sur les 65 025 adresses IP officiellement attribuées au ministère, plus de 250 ont été repérées comme faisant transiter du contenu illégal durant les deux derniers mois   » , explique le blogueur Nicolas Perrier, qui a publié la (longue) liste des œuvres téléchargées. Diantre, il y aurait donc des pirates planqués dans les ministères ! Mais que fait l’Hadopi ?

L’Élysée s’est empressé de démentir, expliquant que «  les adresses IP ne sont pas fiables car elles peuvent être piratées  » . Ce qui accréditerait un autre scénario. Des petits malins se seraient amusés à injecter ces adresses sur un serveur BitTorrent pour faire accuser les pro-Hadopi de la rue de Valois. En 2008, trois chercheurs de [intelliTXT<-]
l’Université de Washington avaient en effet démontré qu’il était aisé d’introduire dans les serveurs peer to peer des adresses IP, sans qu’elles aient pour autant été utilisées pour pirater. Il existe même un programme, baptisé Seedfuck, pour ce faire. Ce scénario a un inconvénient majeur. Il rappelle que l’adresse ne fait pas le pirate. Ce que ne cessent de dire les opposants à l’Hadopi et que reconnaît implicitement l’Élysée. Dans un communiqué, la haute autorité a rappelé que TMG doit également fournir un segment du fichier téléchargé en guise de preuve mais, faute de contrôle extérieur sur ses méthodes de collecte, le doute plane.

Cette affaire remet une fois de plus en cause l’édifice très contesté de l’Hadopi. La haute autorité n’a, en effet, toujours pas enclenché la phase 3 de la riposte graduée – la suspension d’accès. Son bilan 2011 faisait état de 20 598 avertissements envoyés en recommandés. À raison de 24 millions d’euros de budget sur deux ans, ça fait cher la pédagogie.

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