Marine Le Pen et la chère immigration

La présidente du Front national a présenté les chiffres de son projet pour la présidentielle : elle espère financer un retour à l’équilibre en cinq ans par la sortie de l’euro et l’arrêt de l’immigration.

Erwan Manac'h  • 12 janvier 2012
Partager :
Marine Le Pen et la chère immigration
© Photo : AFP / Martin Bureau

Illustration - Marine Le Pen et la chère immigration

Au risque d’en faire trop, elle répète lourdement des formules sans âme , lues au pas de course à un parterre de journalistes. Jeudi 12 janvier, au siège du Front national à Nanterre, Marine le Pen a souhaité se poser en candidate du « redressement des finances », la seule capable de « donner un cap » contre les « candidats du flou » aux « mesurettes défraîchies » à qui elle demande, dans un vrai-faux lapsus, de démontrer « chientifiquement » que ses propositions ne sont pas viables.

« Orthodoxie »

Ces quelques politesses d’usage passées, la candidate du FN détaille le « chiffrage » de son projet « d’orthodoxie budgétaire » qui vise à ramener les finances publiques à l’équilibre en 2018. Selon ses plans, la dette publique serait rachetée – en Francs – par la Banque de France, qui émettrait pour cela de la monnaie estimé – en Euros – à 100 milliards par an au total[^2]. Dans le même temps, Marine Le Pen annonce 200 euros de réduction sur les cotisations salariales pour les personnes qui gagnent moins de 1500 euros. Un abattement fiscal qui lui permet, en jouant sur les mots, de prôner haut et fort une « augmentation de 200 euros nets des petits salaires » . Marine Le Pen promet aussi des investissements dans la recherche, la santé et le développement du nucléaire.

La présidente du Front national veut en finir à la fois avec « le système keynésien de surendettement » et avec les politiques de rigueur d’un autre côté, réprouvant la Réforme générale des politiques publiques (RGPP) qui « n’a permis d’économiser que 9 milliards d’euros en 3 ans » (2009-2011) au prix d’une casse des services publics. Marine Le Pen propose, elle, une troisième voie nationaliste et xénophobe. Car outre le chasse aux fraudes sociales (qu’elle évalue à 25 milliards d’euros) et fiscales (42 milliards) et le protectionnisme aux frontières françaises, la candidate frontiste compte surtout sur la lutte contre l’immigration et la sortie de l’euro pour conjurer la dette publique.

« Pas de réflexe xénophobe »

Deux leitmotivs historiques du parti restent aussi au cœur du programme. À commencer par la sécurité, avec notamment la construction de 40 000 nouvelles places de prison. L’éradication de la délinquance permettrait même, d’après les soustractions de Marine Le Pen, d’économiser 6,4 milliards d’euros au « coût de délinquance »[^3].

Marine Le Pen, 12/01/2012

Le programme reste aussi chevillé autour de la chasse aux étrangers. « La réduction de l’immigration légale de 200 000 à 10 000 personnes par an doit nous permettre d’économiser 40,8 milliards d’euros», lance la candidate. Elle concède pourtant un bémol, dans un contexte d’ « hiver démographique préjudiciable pour la France » : avec le faible taux de natalité, la suppression de l’immigration devra être compensée par une politique familiale ambitieuse. Un revenu parental est donc proposé à hauteur de 80 % du Smic pendant 3 ans pour inciter les mères à faire plus d’enfants. « Je n’ai pas de réflexe xénophobe » , lâche-t-elle pourtant quelques instants plus tard, se raccrochant à une vieille antienne bien connue : « Avec 5 millions de chômeurs en France, nous n’avons pas besoin de main-d’oeuvre étrangère ».

Au premier rang de l’intelligentsia frontiste, dans un coin de la salle, Jean-Marie Le Pen répond à la presse qui s’est tournée vers lui une poignée de minutes. « Quand j’étais candidat, l’intérêt pour les questions économiques et sociales était plus mince, car cela n’était pas d’actualité , affirme-t-il avant de concéder ne pas avoir lu le chiffrage du programme. Puis le naturel du fondateur du Front national revient au galop : « J’ai déjà dit que l’économie était un élément important, mais il ne faut pas oublier l’immigration, l’école, la défense nationale… »

[^2]: 45 milliards d’euros par an pour «le rempboursement de la charge de la dette», 45 milliards pour «l’amortissement direct et progressif du capital-dette» et 10 milliards pour une politique de «relance économique»

[^3]: Coût que Marine Le Pen estime à 115 milliards d’euros au nom du « rapport Bichot, » publié en 2009.

Politique
Temps de lecture : 4 minutes
Soutenez Politis, faites un don !

Envie de soutenir le journal autrement qu’en vous abonnant ? Faites un don et déduisez-le de vos impôts ! Même quelques euros font la différence. Chaque soutien à la presse indépendante a du sens.

Faire Un Don