À flux détendu

Christophe Kantcheff  • 23 février 2012
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Si la cinéphilie française a réussi dans les années 1950 à légitimer des cinéastes alors considérés aux États-Unis comme d’aimables fabricants (Hawks, Hitchcock…), il n’est pas sûr qu’on puisse rééditer l’opération avec n’importe qui. En janvier dernier, lors de sa dernière visite en France, Steven Spielberg fut accueilli comme Ingmar Bergman et Orson Welles réunis. Même tapis rouge et même crédit symbolique. Derrière la star de l’entertainement se cacherait un maître éminent.

L’un des points forts de cette venue à Paris fut la « master class » donnée par l’auteur des Dents de la mer à la Cinémathèque. Une leçon de cinéma sans surprise : avec de l’érudition – tout cinéaste américain digne de ce nom se doit d’être de nos jours une encyclopédie cinéphilique (cf. Scorsese, Tarantino…) –
et, bien sûr, de l’autopromotion.

Le film aujourd’hui sur les écrans, le  Cheval de guerre , est emblématique de ce qui fait la marque de fabrique de Steven Spielberg : la performance. Qu’elle soit technique, visuelle, ou, ici, animalière. Impossible de contester que le cinéaste réussit à faire faire à ses acteurs chevaux des prouesses. Et, au final, certaines scènes sur le champ de bataille sont vraiment spectaculaires. So what ? C’est bien le moins, avec un tel réalisateur.

Cependant, une semaine après la ressortie de la Grande Illusion , on mesure cruellement à quel point Steven Spielberg n’a strictement rien à dire sur la Première Guerre mondiale, ou sur tout autre sujet. Plus exactement, voici son message : aux conflits entre nations, entre classes sociales, ou aux dissensions familiales, la réconciliation est préférable. Un super Jolly Jumper peut en être le vecteur. Steven Spielberg, génie de la performance, excelle aussi dans le kitsch.

Culture
Temps de lecture : 2 minutes
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