Ceux qui sont restés
Cinquante ans après la fin de la guerre d’Algérie, une autre lecture s’impose des années qui ont suivi l’indépendance.
dans l’hebdo N° 1191 Acheter ce numéro
Depuis un demi-siècle, une seule thèse domine, jamais remise en question : en 1962, tous les pieds-noirs[^2] ont quitté l’Algérie, ils n’avaient pas le choix, c’était « la valise ou le cercueil ». Or, un chiffre retrouvé dans les archives du ministère des Affaires étrangères oblige aujourd’hui à revoir en profondeur un tel discours : en janvier 1963, 200 000 Européens et Juifs se trouvaient encore sur le sol de l’ancienne colonie. Soit 20 % de la population totale des Français d’Algérie. À ce moment-là, le calme était complètement revenu, et le sentiment de peur, au sein de cette population, avait totalement disparu. Même plus : le regard que portent alors les Algériens sur ces Français-là s’avère particulièrement chaleureux.
C’est ce qu’exprime l’écrivaine Michèle Villanueva, restée à Oran, sa ville natale, jusqu’en 1965 : « C’est lors de la première année de l’indépendance que j’ai découvert une Algérie que je ne connaissais pas, de la Kabylie aux Bibans et au Mzab. Malgré les destructions, les forêts brûlées au napalm, l’accueil des populations dans le moindre village ne cessait de m’étonner. Comment, en nous voyant, même s’ils sentaient notre complicité, comment faisaient-ils pour faire taire leur haine de la guerre, de l’armée d’occupation coloniale ? Je ne pouvais m’empêcher de penser combien les Français au lendemain de la Seconde Guerre mondiale confondaient souvent les Allemands et les nazis[^3]. »
De ces hommes et de ces femmes qui ne firent pas comme tout le monde, personne ne parle en France, et tout le monde a fini par croire que tous les pieds-noirs avaient fui l’Algérie en 1962. « Cette histoire de la valise ou du cercueil, c’est sûr que cela a concerné des gens , admet Marie-France Grangaud, mais une partie seulement. Mes parents, par exemple,
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