Dossier : Finie, la guerre d'Algérie ?

Des musées qui « positivent »

La période sarkozyste a favorisé des tentatives de réhabilitation du colonialisme. Comme ces initiatives à Perpignan ou à Montpellier.

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Comment exposer l’histoire de la colonisation en Algérie ? Depuis plusieurs décennies, des villes du sud de la France, sous la pression d’associations de rapatriés, réfléchissent à créer des musées consacrés à ce sujet hautement conflictuel.

La première à franchir le pas est Perpignan. Dans cette ville où le maire, Jean-Marc Pujol (UMP), est lui-même pied-noir, s’est ouvert le 29 janvier un « Centre de documentation des Français d’Algérie ». Installé dans un ancien couvent, il dispose d’une collection permanente d’objets et de documents destinés à présenter, selon sa directrice, Suzy Simon-Nicaise, « ce que fut la vie des pieds-noirs pendant cent trente-deux années de présence française en Algérie, qui n’était pas l’apartheid que certains veulent faire croire » . Pour cette conseillère municipale et présidente du cercle algérianiste de Perpignan, pas question de faire appel à des historiens pour décider du contenu des expositions : « Tous nos historiens sont des idéologues ! Comment voulez-vous qu’ils ne trouvent rien à redire à nos collections ? » En 2007, interrogée sur l’OAS, Suzy Simon-Nicaise déclarait à Libération qu’elle « ne condamnait pas » cette organisation de tueurs qui tentèrent de renverser l’État. « Je me pose la question : si j’avais eu 18 ans à cette époque [Mme Simon-Nicaise est née en 1954], est-ce que je ne serais pas devenue moi aussi résistante ? »

À Montpellier, un « Musée de l’histoire de France en Algérie » devrait ouvrir en 2014 dans un très bel hôtel particulier de la vieille ville. Lancé de façon ostentatoire par Georges Frêche (mort en 2010) pour favoriser son électorat pied-noir, le projet a été repris par son successeur à la tête de l’agglomération, Jean-Pierre Moure.

« Je veux sortir du conflit des mémoires, ce musée abordera tous les aspects, l’œuvre positive de la France, mais aussi les pages moins glorieuses » , nous confie l’élu socialiste, qui refuse cependant de nous communiquer les grandes orientations prises par le comité scientifique. Un comité dépourvu d’historiens de l’Algérie – et encore moins d’historiens algériens ! –, et présidé par le professeur Charles-Olivier Carbonell (82 ans), spécialiste de l’Europe et des Cathares, qui n’a finalement pour lui que… d’être pied-noir. Pire : le « comité de rédaction » chargé de la scénographie des salles est « naturellement ouvert » , selon Jean-Pierre Moure, « aux associations de rapatriés » . « Tous les pieds-noirs de Montpellier soutiennent ce musée », confirme Jacques Martin, une des grandes figures locales pieds-noirs.

Troisième ville qui porte un tel projet, Marseille a finalement jeté l’éponge, dans des conditions obscures. En 2007, le maire Jean-Claude Gaudin (UMP) déclarait que le projet serait réalisé « au cours de son troisième mandat » . L’historien marseillais Jean-Jacques Jordi, natif de l’Oranais, s’était déjà réjoui d’en être le directeur. Il sera remercié quelques années plus tard, sans une lettre officielle de licenciement. Personne au cabinet du maire ne répond sur ce sujet aux journalistes.

À Aix-en-Provence, enfin, la municipalité UMP vient de céder un terrain à une association de rapatriés, dont l’objectif est d’y construire un « Centre de documentation historique sur l’Algérie » , afin d’y présenter, selon son président, Joseph Perez, « l’ensemble de l’œuvre de la France en AFN » [Afrique française du Nord].


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