Madame Eva Joly, il est encore temps de renoncer à affaiblir les écologistes

Claude-Marie Vadrot  • 7 février 2012
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Face au désastre, prévisible depuis des mois et même depuis « l’invention » de sa candidature par quelques communicants lors du congrès Europe écologie de Nantes, il est temps que son entourage qui n’y croit plus lui conseille de se retirer pendant qu’il en est encore temps. D’abord parce qu’elle est la plus mauvaise candidate possible ; et ensuite parce que les écologistes doivent penser à ce qui devra ou pourrait être leur rôle dans la prochaine législature. Eva Joly qui fut une excellente juge d’instruction, n’a pas réussi à « apprendre l’écologie » en deux ans et ce n’est pas maintenant qu’elle va le faire. Ce n’est pas dans sa culture. Ce n’est pas José Bové appelé à son secours qui me contredira. Il sait, quoi qu’il en dise, que les carottes sont cuites.

Les résultats positifs des écologistes dans les municipalités et dans les Conseils régionaux prouvent à quel point leur force de proposition est nécessaire face à une gauche toujours fascinée par le productivisme, les autoroutes et par le nucléaire. Que le candidat Hollande se soit laissé photographiée lundi soir en compagnie d’Anne Lauvergeon, l’ancienne responsable d’Areva en est une preuve de plus. Celle qui est désormais la présidente du conseil de surveillance de Libération, n’a pas renoncé à son credo et son influence sur les caciques du parti socialiste reste importante. Elle leur fourguera quelques réacteurs EPR de plus, le maintien en fonctionnement des plus vieilles centrales françaises comme Fessenheim. Dans (ou sur) un gouvernement « de gauche » elle pèsera pour la poursuite du programme lancé et soutenu par le lobby des polytechniciens et des ingénieurs des mines depuis la fin des années 60, lobby qui a trompé tous les gouvernements de droite et de gauche en imposant la poursuite d’un programme dont les conséquences financières viennent d’être dénoncées par le rapport de la Cour des Comptes ( voir notre analyse dans les numéro de Politis daté du 9 février) . Un rapport sur laquelle ni elle ni le parti socialiste n’ont fait de commentaires sérieux. Qu’il s’agisse du coût des démantèlements à venir ou de la gestion des déchets.

Il est donc plus qu’urgent que les Verts se concentrent sur les législatives pour constituer un véritable contre-pouvoir écolo à l’assemblée nationale. Comme le font les sénateurs verts qui ont été les seuls, vendredi dernier, à voter contre la nouvelle loi sur la chasse, donnant de nouveaux pouvoirs à ce groupe de pression. Les socialistes, les communistes et la droite ont adopté ce texte avec enthousiasme. Tout comme la gauche de Mauroy avait adopté avec aveuglement la poursuite du programme nucléaire et l’équipement en chauffage électrique des nouveaux logements dont on voir aujourd’hui les dégâts. Dégâts en ce qui concerne le montant des factures que les locataires des HLM doivent acquitter pour faire face au froid. Dégâts (et échec) symbolisés par l’importation massive, depuis quelques jours, d’électricité en provenance de Grande Bretagne et d’Allemagne. Alors que ce dernier pays a fait un choix énergétique diversifié et opté pour un abandon du nucléaire qui a été tant moqué par le gouvernement et EDF.

Les socialistes et leurs alliés potentiels ou probables, n’accepteront de s’orienter vers une transition écologique que s’ils y sont incités par une force écologique élue prenant à témoin l’opinion publique. Il est donc nécessaire que leur crédibilité vis à vis des électeurs, crédibilité qui restent importante, que leur crédibilité vis à vis du mouvement associatif environnementaliste, ne soit pas entachée par un échec retentissant à la présidentielle.

Il est donc plus que temps, si c’est encore possible, qu’Eva Joly jette l’éponge pour que le pays ne soit pas dans l’obligation de suivre la politique actuelle et que soit mise en application, au moins partielle, un programme vert dont la presse n’a pas suffisamment dit à quel point il était précis, novateur et audacieux.

Les Verts n’ont plus que cette alternative, soit en acceptant de renoncer au « concours de beauté » institutionnel soit en choisissant de présenter la seule candidate crédible et symbolisant une nouvelle génération, Cécile Duflot.

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