À flux détendu

Christophe Kantcheff  • 1 mars 2012
Partager :

On a raison de défendre la diversité de la production cinémato-graphique française. Grâce à son mode de financement des films, et malgré une tendance à l’uniformisation due à la recherche fantasmatique du risque zéro, des cinéastes aussi différents que Jacques Doillon, Chantal Akerman, Rabah Ameur-Zaïmeche, Sophie Fillières ou Alain Guiraudie, pour ne citer qu’eux, poursuivent leur œuvre. Cette richesse-là est évidemment une chance pour les spectateurs, qui peuvent ainsi se confronter à une pluralité d’univers esthétiques et faire des rencontres avec des films qu’il leur arrive de trouver enthousiasmants.

Cette réalité-là, les remises de prix annuels du cinéma n’en ont cure. À regarder les césars, il n’y aurait qu’une poignée de films dignes d’y être cités plusieurs fois – c’est-à-dire suffisamment pour exister dans une telle soirée –, et qu’un ou deux à valoir une haute récompense. On ne sait pas très bien qui présélectionne les « nominés », et sur quels critères, mais à l’arrivée le résultat est clair. Des films inventifs et singuliers comme Pater , d’Alain Cavalier, l’Exercice de l’État , de Pierre Schœller, La guerre est déclarée , de Valérie Donzelli, et Le Havre , d’Aki Kaurismaki, remportent, tous réunis, 4 césars. The Artist et Intouchables , deux aimables divertissements qui totalisent plus de 2 millions d’entrées pour l’un, 19 millions pour l’autre (bien au-delà de ce qu’ont réalisé les quatre précités), obtiennent 7 césars, dont les 4 plus prestigieux.

Avec les oscars dans la foulée, la richesse du cinéma français est passée de 2 films à un seul. C’est notre gloire. Notre emblème. On jouit de le répéter en boucle. On ressasse, ébahis. Vive la diversité !

Culture
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Pasolini, la conspiration du pétrole
Théâtre 5 décembre 2025 abonné·es

Pasolini, la conspiration du pétrole

Avec Pétrole, le metteur en scène Sylvain Creuzevault partage avec le public son goût pour l’œuvre de Pasolini, qui accompagne depuis ses débuts son aventure théâtrale. Un passionnant livre d’entretien mené par Olivier Neveux prolonge notre immersion sur la planète Singe, nom de la compagnie de l’artiste.
Par Anaïs Heluin
Romane Bohringer : « Les mères défaillantes ont besoin de soins, pas d’être jugées »
Entretien 3 décembre 2025 abonné·es

Romane Bohringer : « Les mères défaillantes ont besoin de soins, pas d’être jugées »

Dans Dites-lui que je l’aime, adaptation très libre du livre éponyme de Clémentine Autain, aussi présente dans le film, la réalisatrice rend hommage à des femmes, leurs mères, dans l’incapacité d’exprimer leur amour à leur enfant. Elle explique ici comment elle a construit son film à partir du texte de l’autrice, en qui elle a reconnu un lien de gémellité.
Par Christophe Kantcheff
« Mektoub my Love : Canto Due » : un bien sage retour
Cinéma 2 décembre 2025 abonné·es

« Mektoub my Love : Canto Due » : un bien sage retour

Sept ans après, Abdellatif Kechiche complète son triptyque.
Par Christophe Kantcheff
« Aïta – fragments poétiques d’une scène marocaine » : cris et miroitements
Exposition 28 novembre 2025 abonné·es

« Aïta – fragments poétiques d’une scène marocaine » : cris et miroitements

À Bordeaux, le Frac MÉCA reflète la vitalité remarquable de la scène artistique du Maroc – des années 1960 à aujourd’hui – via une exposition chorale qui s’articule autour de l’aïta, art populaire symbole d’insoumission porté par des femmes aux voix puissantes.
Par Jérôme Provençal