Eva n’a pas le choix

Les doutes de Noël Mamère sur l’utilité de la candidature EELV déstabilisent sa campagne. Mais un abandon serait plus préjudiciable que de pousuivre.

Patrick Piro  • 22 mars 2012 abonné·es

Illustration - Eva n’a pas le choix

La longue marche vers la présidentielle n’en finit pas de peser sur Europe Écologie-Les Verts. Leur candidate, Eva Joly, ne parvient pas à enrayer sa lente baisse dans les sondages. Celui qu’a publié CSA (pour BFM-TV) la semaine dernière la crédite de 1 % des intentions de vote !

Un seuil d’alerte rouge pour Noël Mamère, qui a émis un doute franc, dans la foulée, sur « l’intérêt stratégique de poursuivre la campagne » . Certes, le député EELV a toujours eu la parole très libre, mais il est coprésident du conseil stratégique constitué autour de la candidate. En novembre dernier, Yannick Jadot, porte-parole d’Eva Joly, avait démissionné de ses fonctions, en désaccord avec une stratégie agressive envers les socialistes.
Un retrait de la compétition, sporadiquement évoqué depuis des mois, a pourtant peu de chance de se concrétiser. Certes, l’ambition de tutoyer la barre des 5 % – uniquement dépassée par Noël Mamère en 2002, et ouvrant droit au remboursement des frais de campagne – semble hors d’atteinte. Tout juste les écologistes caressent-ils l’espoir d’un rebond dans la dernière ligne droite, facilité par l’égalité du temps de parole dans les médias.
Maigre satisfaction potentielle, mais il est trop tard pour une autre stratégie.

Après avoir martelé depuis des mois qu’une candidature écologiste était indispensable, un abandon aurait été douloureux mais politiquement justifiable en novembre dernier, lors de la conclusion de l’accord électoral PS-EELV. À un mois du premier tour, un retrait (au profit de Hollande, on suppose) serait encore plus préjudiciable qu’un score inférieur à 3 % le 22 avril : il n’y aurait aucun bénéfice politique à en espérer pour EELV, et notamment guère de contrepartie de la part du candidat socialiste, désormais talonné par Sarkozy dans les sondages mais loin d’être aux abois, toujours crédité d’une dizaine de points d’avance dans l’optique du second tour.

La crainte montante de plusieurs cadres écologistes, exprimée à voix forte par Noël Mamère, c’est que le faible résultat qui se dessine ne justifie de la part du PS une renégociation de l’accord de novembre, lequel laisse le champ libre à EELV dans 63 circonscriptions législatives, dont une trentaine gagnables en cas de victoire de la gauche. En raison de la fronde de candidats socialistes qui se manifeste depuis l’accord, mais aussi de la place que réclame déjà un Front de gauche en pleine ascension. Un retrait d’Eva Joly, interprétable comme une capitulation, ne changerait probablement pas la donne. C’est le sens du soutien que lui a apporté Dany Cohn-Bendit à Strasbourg la semaine dernière. Le député européen professait pourtant depuis un an son scepticisme envers une candidature EELV.

Reste aux écologistes à appuyer sur la seule corde sensible qu’il leur reste : convaincre les électeurs que c’est le poids de l’écologie en politique qui est en jeu derrière le résultat de la candidate. Sa concurrente présumée la plus gênante, l’écologiste Corinne Lepage (CAP 21), a été éliminée faute des 500 parrainages. Mais Eva Joly doit affronter une autre menace de « vote utile » : la poursuite de son érosion dans les sondages semble provenir d’un ralliement d’une partie de son électorat sur Jean-Luc Mélenchon. Le candidat du Front de gauche, qui insiste de plus en plus sur la dimension écologique de son programme, leur apparaît comme un honnête porte-drapeau de remplacement pour pousser Hollande à radicaliser un peu ses positions.

Politique
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