Jean Baumgarten (1932 – 2012) …

… L’hommage de son ami Michel Lequenne.

Bernard Langlois  • 13 mars 2012
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Avec Jean Baumgarten, c’est un de ces vétérans du trotskisme, de ceux qui
n’ont jamais baissé les bras, qui s’éteint. Il n’avait pas 16 ans quand il
adhéra au PCI (Parti communiste internationaliste, la section française de
la IVe Internationale), gagné aux Auberges le Jeunesse, où il venait à peine
d’entrer, venant des Éclaireurs de France dont il était membre depuis 1943,
après sa rupture, à Grenoble, avec les Éclaireurs israélites.

Ce qui l’avait conduit à quitter ceux-là, auxquels il appartenait depuis ses 10 ans, ce fut sa découverte de leur manipulation par le sionisme.

Ainsi sa vie consciente commença par l’éloignement d’un courant contre lequel il la termina, dans une violente indignation contre l’utilisation du génocide juif — auquel avec ses parents il avait échappé, mais non sans peine —, par un État d’Israël dont les pratiques à l’égard des Palestiniens étaient celles même du nazisme (voir son livre En finir avec le sionisme, 2004, diffusion La Brèche).

Avec la même{: class= »spip-document text-left »} rapidité d’évolution, il fut vite un cadre du mouvement de
jeunesse du PCI, >et avec la particularité d’être un animateur culturel,
liant la musique (on l’appelait Crincrin), les chansons, dont celles qu’il
écrivait, à la politique, et où il devint vite un élève, et quasi un fils
spirituel, de Marcel Bleibtreu.

Cette liaison l’aida à coup sûr à éviter les doubles déviationnismes du
trotskisme, le “pablisme“ (de Michel Raptis, dit Pablo) et du «
lambertisme“ (de Pierre Boussel, dit Lambert), et par de longs détours
(Groupe bolchevik léniniste, Nouvelle Gauche, UGS, et enfin tendance
socialiste révolutionnaire, puis gauche du PSU), de rejoindre tardivement la
LCR.

Longtemps, en même temps dans les organisations de jeunesse, étudiantes
et politiques, il fut une grand recruteur. Ce fut lui qui gagna au
trotskisme, juste avant l’exclusion de la tendance Bleibtreu-Lequenne par
Lambert, l’étudiant Jean-Marie Vincent qui devint l’éminent marxiste que
l’on sait, et qui suivit le même cheminement que Jean, dont il ne se sépara
que dans le PSU, suivant alors tous deux des chemins parallèles et parfois
croisés.

Jean fut de toutes les grandes luttes du demi-siècle, et surtout celle
contre la guerre d’Algérie, y compris avec affrontement physique avec Le
Pen, et forçant la direction de la Nouvelle Gauche à condamner le vote des
“pouvoirs spéciaux“, puis celle du PSU à un riposte, qui fut d’ailleurs trop
faible, au massacre de la manifestation des Algériens du 17 octobre 1961.
Toute son activité d’activiste et de propagandiste, jusqu’à la lutte contre
le Traité européen en 2005, s’est accompagnée d’écrits dont la plupart sont
de dénonciation par l’humour, de son Procès de Paris, pastiche de ceux du
Kominform, fait à “Fils du Peuple“ (Thorez), auquel Maurice Henry ne
dédaigna pas de donner une superbe illustration, à l’“opéra“ anti-terroriste
Où est donc passé Ben Laden, en passant par la “farce tragique“ Allergie
française, et celle, plus “tranquille‘, l’Entrevue ou le Jugement de Dieu,
pastiche complément de l’entretien de François Mitterrand avec Elkabbach.

Toujours passant du carré du radicalisme à la rondeur de l’humour, il était
à la fois un camarade attachant, mais pas toujours facile dans les
polémiques, soit un homme d’une richesse vitale comme il en faudrait
beaucoup, et qui a gardé jusqu’au bout la chaude amitié de ses vieux
camarades.

On n'oublie pas de signer ses commentaires …
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Temps de lecture : 3 minutes
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