La Poste : les annonces « inacceptables » de la direction

Après trois suicides en moins d'un an dans l'entreprise, la direction de La Poste recevait, mardi 27 mars, les organisations syndicales pour le lancement d'un « Grand dialogue ». Bilan décevant pour les représentants du personnel.

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La déception est unanime dans les rangs de l'intersyndicale réunie ce mardi matin par la direction du groupe La Poste. Après trois suicides en moins d'un an, dont deux depuis le 29 janvier, les syndicats de l'entreprise demandaient des mesures fortes et l'arrêt de la « réorganisation » de l'entreprise qui a entraîné de nombreuses suppressions de postes, afin d'éviter que de tels gestes de désespoir ne se reproduisent.

La direction de la Poste a annoncé un « gel des réorganisations jusqu'au 30 avril » . Une « commission du grand dialogue » doit également être mise en place sous la présidence de Jean Kaspar, secrétaire général de la CFDT de 1988 à 1992, et que certains syndicats jugent trop proche du président de La Poste. Une annonce « inacceptable » , jugeaient à l’unisson les syndicats (CGT, Sud, CFDT, FO, CFTC, CGC et Unsa), dans une lettre adressée mercredi matin à la direction de La Poste. « Une mesurette qui ne peut être considérée que comme une provocation » , lançait aussi l'union Sud-Solidaire mardi après-midi. « La direction de La Poste ne prend absolument pas conscience de la gravité de la situation sociale » .

Les syndicats s'accordent sur une double demande : que des experts indépendants soient nommés au sein de la commission d'enquête et que la réorganisation soit suspendue jusqu'à la publication des conclusions de cette enquête, prévue pour septembre 2012. Ils se sont également entendus sur un boycott des réunions organisées par branche de métiers au sein de La Poste. Le bras de fer se poursuivra dans le cadre des réunions nationales.

Deux suicides en moins d'un mois

Un cadre de 43 ans s'est donné la mort par pendaison dimanche 11 mars devant le centre de tri de Tregunc (Finistère). Un cadre de 28 ans avait sauté le 29 janvier par la fenêtre du dernier étage de la Poste République à Rennes, sous les yeux de ses collègue. Une employée de 52 ans s'était donné la mort en septembre 2011 dans un centre financier de Paris.

Le cadre de Tregunc a laissé une série d'écrits dans lesquels il « considère la hiérarchie de la Poste (à tous niveaux) à l’origine de [s] *a perte de repères. »

« Depuis plus de trois ans, j’ai l’impression d’un acharnement, d’une volonté hiérarchique de m’acculer », raconte-t-il avant de demander qu' « aucun représentant de la hiérarchie de l'entreprise, ni aucun message de cette même hiérarchie » n'ait de place lors de son inhumation. Il demandait aussi que « [s] on geste désespéré soit requalifié en accident de travail ».*

Dans un courriel adressé au PDG de la Poste Jean-Paul Bailly, daté du 11 mars et qu'il n'a finalement pas envoyé, il se disait « dos au mur » . Il redoutait une mis au placard « dans le meilleur des cas ». « Cela fait deux fois, en moins de six mois, que je prépare mon suicide » , écrivait le fonctionnaire.

Depuis deux ans, avec le changement de statut de la Poste, qui est devenue « société anonyme à capitaux publics » pour se soumettre à une directive européenne sur les services publics, la réorganisation de l'entreprise s'est accélérée.


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