Les financiers du nucléaire de guerre pris la main dans le sac

Une enquête dénonce les organismes financiers partenaires des fabricants d’armes atomiques. Des banques françaises sont épinglées.

Samir Hamma  • 14 mars 2012
Partager :
Les financiers du nucléaire de guerre pris la main dans le sac
© Photo : THIERRY ZOCCOLAN / AFP

La Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (Ican) et l’entreprise d’investissement éthique Profundo publient une enquête qui risque de faire grand bruit dans le monde très particulier des fabricants de bombes atomiques. Dans un document de plusieurs pages, l’Ican met explicitement en cause les institutions financières affiliées aux entreprises d’armement nucléaires. Un rapport à charge où Safran et Thales, géants français du secteur, en prennent pour leur grade : «  Ces entreprises sapent les efforts accomplis depuis des années pour parvenir à une monde libéré »,  regrette Tim Wright, membre actif de l’Ican et co-auteur de l’enquête. Les banques françaises AXA, BNP Paribas la Société générale ont notamment été épinglées par le rapport pour leur complicité capitalistique avec les fabricants d’armements nucléaires.

L’Ican et Profundo réclament ainsi un désinvestissement des institutions financières de Safran, Thales, mais également de 18 autres entreprises qui fabriquent et entretiennent des armes nucléaires : « Les institutions financières devraient envoyer un message clair à Safran et Thales, disant que leur implication dans l’industrie des armes nucléaires est inacceptable » . **** Le rapport de l’Ican et Profundo est le premier rapport qui met en lumière les investissements concernant les producteurs d’armes nucléaires. Il identifie plus de 300 institutions financières dans 30 pays (Etats-Unis, France, Royaume-Uni…) qui participent concrètement aux entreprises  qui  fabriquent, entretiennent et modernisent les forces nucléaires. Pierre Villard, coordinateur en France de la campagne internationale pour abolir l’arme nucléaire, prévient : « Les clients de grandes banques et autres institution financières doivent indiquer clairement qu’ils ne veulent pas que leur argent soit utilisé pour financer des armes nucléaires  ». Il ajoute qu’il est «  extrêmement décevant d’apprendre que tant de banques françaises sont impliquées dans le financement de cette industrie immorale et inhumaine. Cela doit cesser ».

Desmond Tutu préface le rapport de l’Ican. Pour le prix Nobel de la paix, « la campagne de boycott et de désinvestissement a fonctionné en Afrique du Sud pour conquérir la liberté et la justice. Aujourd’hui, la même tactique peut et doit être utilisée pour détruire la création la plus terrible de l’homme : la bombe atomique. Personne ne devrait profiter de cette industrie de la mort qui nous menace tous » .

Écologie
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

La paysannerie mondiale résiste encore
Reportage 20 avril 2026 abonné·es

La paysannerie mondiale résiste encore

Depuis 1996, le 17 avril marque la journée internationale des luttes paysannes. Face à la libéralisation des échanges et à l’accaparement des terres, le mouvement altermondialiste La Via Campesina coordonne la résistance de 200 millions de paysans à travers le monde.
Par Alix Garcia et Louis Meurice
En Suisse, avec le berger qui défend les loups
Portrait 17 avril 2026 abonné·es

En Suisse, avec le berger qui défend les loups

Dans le Jura vaudois, Fabrice Monnet a passé une grande partie de l’hiver à patrouiller dans les montagnes avec son association pour empêcher l’abattage du grand prédateur. L’homme est devenu une figure militante, non sans agacer éleveurs et pouvoirs publics.
Par Louis Bolla
Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »
Entretien 15 avril 2026 abonné·es

Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »

Le professeur de microbiologie au Muséum national d’histoire naturelle plaide pour la reconnexion de notre société au vivant, et l’émergence d’alternatives agroécologiques pour protéger le monde agricole et les citoyens des ravages des pesticides. Dans De la biodiversité comme un humanisme, petit livre très accessible, il allie vulgarisation et la défense de la biodiversité.
Par Vanina Delmas
Inondations : réparer ou prévenir ?
Parti pris 25 février 2026

Inondations : réparer ou prévenir ?

Alors que l’extrême droite impose ses thèmes dans le débat public, des inondations historiques frappent la France dans une indifférence inquiétante. Ces catastrophes, loin d’être de simples aléas, révèlent nos choix politiques, nos renoncements et l’urgence de changer de modèle.
Par Pierre Jacquemain