Mélenchon à l'assaut de la Bastille

La marche organisée par le Front de gauche ce dimanche à Paris, entre la place de la Nation et la Bastille, a été un succès. Reportage.

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Illustration - Mélenchon à l'assaut de la Bastille

« La météo sera toujours de droite ! » , rigole une jeune fille.* Les giboulées de mars n’ont pourtant pas eu raison de la motivation des manifestants. Alors que le Front de gauche en attendait 30 000, c’est plus de 100 000 personnes -selon les organisateurs- qui ont défilé, ce dimanche après-midi, pour la Marche pour la 6e République.

Le cortège compact de parapluies, de pancartes et de bonnets phrygiens s’est répandu pendant plus de quatre heures entre la place de la Nation et la place de la Bastille. De quoi inspirer Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, qui donne dans la métaphore : « C’est un chemin que nous commençons » , expliquait-il aux alentours de 14 heures. Quelques minutes plus tard, Jean-Luc Mélenchon, le candidat du Front de gauche, faisait son apparition dans le carré de tête de la manifestation, déclenchant une petite cohue et les scansions « Ré-sis-tance ! Ré-sis-tance ! » d’une foule emplie de ferveur.

« La même ambiance qu’en 1998 »

Jeunes, vieux, familles, parisiens, non parisiens, blancs, noirs, salariés, chômeurs, sans papiers… « Je retrouve un peu la même ambiance joyeuse “blacks blancs beurs” que pendant la coupe du Monde de 1998 » , commente Léon, 37 ans, un photographe parisien qui va « probablement voter pour Mélenchon au premier tour » .

Le monde du travail a massivement répondu présent. Comme Ginette, qui, telle la statue de la Liberté, arbore une couronne de fausses seringues sur la tête. Infirmière dans le Nord depuis 35 ans, encartée à la CGT et au Parti de gauche, elle est venue pour « représenter l’hôpital public qui se détériore du fait des politiques libérales » . Marchant à côté d’un énorme éléphant en plâtre recouvert de sachets de thé, Jean-Marc, un ouvrier de « Fralib » qui entame son 538e jour de grève pour lutter contre la délocalisation de son usine en Pologne, espère que si François Hollande est élu, « il tiendra la promesse qu’il nous a faite de s’occuper de notre cas ». « Mélenchon est venu nous voir aussi , ajoute-t-il. Il a ouvert les yeux à certains de mes collègues. »

Rassembler

Didier Le Reste, anciennement à la tête de la CGT-cheminots, est aussi dans le cortège : « Cela n’était pas arrivé depuis dix ans : le monde syndical veut dépasser une posture classique et peser dans cette élection . Je suis pour l’indépendance des syndicats, mais quand les intérêts du monde du travail sont en jeu, il faut savoir se rassembler. » Le syndicaliste ajoute que « plus le Front de gauche fera un score très important au premier tour, plus il sera entendu » par François Hollande.

Le vote « utile » ? « Une grosse arnaque ! » , estime Grégoire, trop jeune pour avoir voté le 21 avril 2002. Cet étudiant de 26 ans, « sympathisant du Front de gauche, mais pas encarté » , venu de Haute-Savoie avec des amis pour « montrer aux téléspectateurs qu’il y a des gens derrière Mélenchon » et ainsi, « dédiaboliser l’extrême-gauche (sic)  » . « On marche parce qu’on est des acteurs de la politique, pas des spectateurs comme ceux de Villepinte  » , ajoute Julien, jeune prof de Lettres qui a pris sa carte au Parti de gauche depuis le mois de septembre. Celui qui avait pourtant voté « oui » au Traité Constitutionnel Européen en 2005 – et qui s’en est « mordu les doigts » –, avoue « en avoir marre du vote de résignation » .

Un étonnant silence

À 17 heures, des milliers de manifestants se sont rassemblés au pied de la colonne de Juillet pour écouter, dans un étonnant silence, le discours du candidat du Front de gauche. Jean-Luc Mélenchon, œillet rouge à la boutonnière, a parlé pendant 25 minutes. Il n’en fallait pas plus pour dénoncer « l’abjecte troïka qui a décidé de prendre le contrôle de chaque peuple » en Europe, et évoquer ce que serait la 6e République s’il était élu, selon ses propres mots, le « dernier président de la 5e République » .


Meeting de Jean-Luc Mélenchon par LCP

« J’ai apprécié que le discours ne soit pas trop long : c’était une marche, pas un meeting. Mélenchon ne pouvait pas se perdre en petites phrases » , analyse Caroline, 30 ans, coincée dans la foule qui déborde de la place. Elle est venue « pour voir combien on était, pour se compter entre sympathisants du Front de gauche. Après, ajoute-t-elle, je me suis quand même dit que si tous les partis se mettaient à faire ça, ça commencerait à être un peu trop… Mais c’est sûr que Mélenchon, personne ne peut le copier ! »


Photos : NICOLAS PORTNOÏ

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