Tiens, une présidentielle (7) …

… Et pourquoi Mitterrand ? J’y viens.

Bernard Langlois  • 20 avril 2012
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La deuxième calamité de cette année 1965 est la candidature de François Mitterrand, non en tant que candidat à titre personnel, mais comme représentant unique de la gauche.

Pourquoi lui ? Parce qu’il n’avait bien sûr aucune chance d’être élu contre un de Gaulle au somment de sa gloire ; mais encore parce que n’appartenant à aucun des grands partis du champ progressiste : PCF, SFIO ou Parti radical, il en était, avec sa petite formation charnière l’UDSR [^2] le plus petit dénominateur commun, celui qui ne faisait d’ombre à personne et ne remettait pas en cause les chefferies concurrentes, celle de Guy Mollet en particulier.

Politicien confirmé, manœuvrier, rusé, voire retors ; sénateur, plusieurs fois ministre de la 4 éme ; au demeurant, un homme intelligent, cultivé, charmeur (les dames en raffolent). Ce qui fait assurément beaucoup de qualités pour une élection où le programme compte moins que la séduction.

Seul problème : il n’est pas de gauche, ne l’a jamais été. Il vient d’une famille provinciale de la droite catholique sociale (influencée par le Sillon, de Sangnier) mais qui a pour les « rouges » l’aversion des bêtes à cornes … Qu’une SFIO et des radicaux qui se disputent la palme de la déliquescence aient choisi un tel homme comme héraut, passe encore ; mais les communistes ?

Principale formation de la gauche, en suffrages et en militants, quadrillant efficacement la société civile par ses structures associées (presse, mouvements de femmes, de jeunesse, etc.) [^3], le PCF de l’époque est persuadé de pouvoir « plumer la volaille socialiste » ; et Mitterrand, qu’il déteste, n’est pour lui qu’un outil qu’on mettra vite au rencart après usage.

Lourde erreur !

A l’issue d’une belle campagne où chacun constate, selon le mot de Guy Mollet, que l’habile avocat a « appris à parler socialiste » , le voici installé durablement en pole position pour ravir, un jour, le pouvoir à la droite : le gaullisme lui bouche encore l’horizon, mais il ne durera pas toujours. Et quand on s’est promis, encore en culottes courtes, de devenir le roi de France …

La gauche, en 1965, s’est donnée à un homme de droite [^4], elle ne s’en remettra pas.

(A suivre).

[^2]: L’Union démocratique sociale et républicaine, sic !

[^3]: Seule l’Eglise catholique lui tient encore la dragée haute …

[^4]: On apprendra plus tard qu’il a même toujours conservé de solides amitiés avec la droite extrême et collabo …

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