Un gouvernement éclectique mais prometteur

L'annonce du premier gouvernement Ayrault a confirmé quelques certitudes aux postes clefs et révélé des surprises de taille. Politis donne son avis sur les nouveaux ministres.

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Manuel Valls, le « Sarko de gauche » à l’Intérieur

D’aucuns trouveront logique que le socialiste le plus à droite de l’équipe de François Hollande soit amené à se consacrer à la « sécurité ». N’empêche, c’est une mauvais nouvelle : Manuel Valls, numéro 2 de la campagne de François Hollande, prendra ses quartiers Place Beauvau. Le député-maire d’Evry, qui estime que « le mot “socialiste” ne veut plus dire grand chose » , est réputé pour son approche droitière de la sécurité et de l’immigration.

Le nouveau « premier flic de France » s’est prononcé pour la vidéo surveillance, « un moyen, efficace, parmi d'autres pour décourager l'activité délinquante » , écrit-il dans Sécurité, la gauche peut tout changer. Dans sa ville, il a d’ailleurs fait installer un réseau de 60 caméras pour un coût de 4 millions d’euros. Le responsable d’une vingtaine de policiers municipaux armés pour une population d’une cinquantaine de milliers d’habitants, est également favorable au développement et à l’armement de la police municipale - ce qui a notamment pour effet de renforcer encore les inégalités entre villes riches et villes pauvres en matière d’accès à la sécurité. Le successeur de Claude Guéant au ministère de l’Intérieur dénonce régulièrement « une délinquance toujours plus jeune, plus violente et plus dangereuse (...) entrée dans les moeurs » , sans vraiment se poser de questions sur les raisons économiques et sociales de cette « délinquance »...

Dans son livre-programmatique très critiqué, Valls estime que « le défi pour la France sera de renforcer chaque maillon de la chaîne d'autorité : l'individu, la famille, l'école, la police, la justice, l'Etat, l'Europe et, en dernier lieu, l'institution éminente et fédératrice que doit incarner le président de la république » . Ça promet !

_P. G. et C.M.V

Une forte femme à la Justice

Christiane Taubira - AFP / Bertrand GuayC’est une femme, une radicale, et une personnalité de l’outre-mer qui arrive Place Vendôme. Au-delà du geste politique à l’adresse du parti radical, auxiliaire du parti socialiste, c’est aussi le choix d’une voix forte et éloquente. Avocate passionnée du dogme républicain, ce petit bout de femme est en tout cas de taille à rompre avec le quinquennat calamiteux de Nicolas Sarkozy dans le domaine de la justice. Elle paraît mieux à sa place que Bertrand Delanoë, un moment pressenti, mais réputé très consensuel. Mais la tâche est immense pour garantir enfin une indépendance de la Justice digne d’une vraie démocratie. Et en finir avec une démagogie victimaire qui a semblé en permanence mettre en cause les juges et l’institution judicaire tout entière. Christiane Taubira devra notamment faire aboutir les affaires politico-judiciaires, de Karachi à Bettencourt, entravées au cours des dernières années. Sa personnalité devrait au moins redonner confiance à des magistrats attaqués par Sarkozy et jamais défendus par des ministres faibles.

_D.S. 

Fabius, l’homme du « non » au Quai d’Orsay

C’était le principal suspense du jour : Moscovici ou Fabius ? C’est finalement ce dernier qui fait son entrée par la grande porte au Quai d’Orsay. C’est le retour au sommet de celui qui fut en 1984 le plus jeune Premier ministre de la Ve République. Il n’était pas favori. On le croyait plombé par son engagement en faveur du « non » au référendum de 2005. Mais, visiblement, l’incartade est effacée. A moins que, précisément, ce « non » repenti ait été son meilleur argument dans l’esprit de François Hollande. L’avantage, c’est que Fabius est une personnalité déjà connue au plan international. On sait que la maison est difficile à tenir. Un ministre faible a tôt fait d’être la risée d’une administration peuplée de fortes têtes. La désastreuse expérience Kouchner en atteste. Assurément, Fabius saura se faire respecter. Mais pour quelle politique ? La politique étrangère est réputée intangible. On aimerait bien pourtant quelques fortes ruptures avec la Françafrique, par exemple, et avec une politique peu courageuse au Proche-Orient.

_D.S.

L’austère Sapin au travail

Chargé du projet présidentiel, l’ami de trente-cinq ans de François Hollande, rencontré dans la promo Voltaire de l’ENA, Michel Sapin est resté très discret pendant la campagne présidentielle. De rares conférences de presse et des communiqués qui se comptent sur les doigts d’une main. Michel Sapin, député de l’Indre, a eu la lourde tâche de mener à bien les négociations avec Europe Ecologie-Les Verts sur le nucléaire, débouchant sur une polémique sur la reconversion de la filière. L’ex-ministre des Finances de Pierre Bérégovoy, qui fut ministre délégué à la Justice (1991-1992) et ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat (2000-2002) a longtemps été pressenti au prestigieux portefeuille de l’Economie et des Finances. Il écope finalement de celui du Travail et devra orchestrer les futures négociations avec les partenaires sociaux. Les organisations syndicales auront face à elles un ministre qui a défendu le traité de Maastricht en 1992 et avait déclaré : « Si vous voulez que la Bourse se reprenne, votez “oui” à Maastricht ! » , en pleine crise sur le marché des changes européen. Cette phrase est restée dans les mémoires et figure dans un bêtisier de Maastricht, publié par Jean-Pierre Chevènement (éditions Arléa, 1997).

Pour mener le ministère de la rue de Grenelle, Michel Sapin pourra aussi s’appuyer sur ses ex-conseillers, notamment Thierry Aulagnon qui fut son directeur de cabinet à Bercy et est membre du comité de direction de la Société générale ; Eric Lombard, ex-conseiller technique à Bercy, président de BNP Paribas Cardif et du Groupement français des Bancassureurs. Quant à Godefroy Beauvallet, qui fut son conseiller au ministère de la Fonction publique dans le gouvernement Jospin, il dirige actuellement le Fonds Axa pour la Recherche. De puissants appuis pour la réforme du marché du travail.

_T. B.

Moscovici à Bercy : les marchés apprécient !

Michel Sapin était pressenti pour le maroquin de l’Economie et des Finances. Il est finalement revenu au directeur de campagne de Hollande, Pierre Moscovici, qui fut ministre chargé des Affaires européennes pendant les cinq années du gouvernement Jospin. L’ancien trotskiste, co-fondateur du parti des Verts, a gravi les échelons du PS dans l’ombre de Lionel Jospin et de Dominique Strauss-Kahn (DSK). Et sa conversion au libéralisme est intervenue quand la gauche au pouvoir a pris le tournant de la rigueur en 1983.

Ministre, il a apporté sa contribution à la ratification du Traité d’Amsterdam, le fameux pacte de stabilité et de croissance, signé en 1997 et entré en vigueur en 1999, confirmant les critères budgétaires très controversés de Maastricht. En 1999, Pierre Moscovici défendait ardemment ce pacte, au nom des « bienfaits de l’euro » . L’ancien bras droit de DSK doit surtout sa nomination à Bercy à sa grande connaissance du monde de l’industrie et des affaires. Pierre Moscovici est vice-président du Cercle de l’Industrie. Ce lobby patronal représentant les intérêts des grandes entreprises auprès des institutions européennes, créé en 1993 par Raymond Lévy, alors président de Renault, et DSK, qui venait tout juste de quitter le ministère de l’Industrie et du Commerce extérieur. « Mosco » est aussi un bon connaisseur du Medef qui est partenaire du Cercle, avec l’Institut de l’Entreprise et la Table ronde des Industriels européens. Il y côtoie du beau monde, comme Denis Ranque, le président du Cercle, administrateur de CMA-CGM, de Saint-Gobain et du Fonds Stratégique d’Investissement français, ou Alain Lamassoure (vice-président), membre de l’UMP, ancien ministre chargé des Affaires européennes (1993-1995).

_T.B. 

Ecologie et Développement : deux surprises à la clef !

Et la ministre de l'écologie est… Nicole Bricq, socialiste historique, proche de Hollande et spécialiste des finances ! Double message : le PS a enfin pris la mesure de l'importance de ce ministère, et le président donne satisfaction à EELV, qui revendique depuis longtemps de ne pas être confiné à l'environnement quand il s'agit de prendre des responsabilités.

Les écologistes se voient confier deux postes tout à fait dans leurs cordes. Cécile Duflot, ministre de l'égalité des territoires et du logement, aura l'occasion de faire valoir la sensibilité de son mouvement pour la décentralisation et le régionalisme. Surtout, elle pourra œuvrer à l'une des mesures écologistes clefs de Hollande, un vaste plan d'isolation thermique des logements anciens, potentiellement générateur de nombreux emplois et d'une réduction de la précarité énergétique. La secrétaire nationale d'EELV, qui quittera son poste fin juin, voit sa stature renforcée, c'était attendu.

En revanche, rien pour Jean-Vincent Placé, numéro deux d'EELV. La vraie surprise du président vient du ministère délégué au développement, confié à Pascal Canfin, déjà élu très inattendu au Parlement de Strasbourg en 2009, et dont la carrière politique prend un sérieux coup d'accélérateur. Le développement, qui correspond à l'ancienne « coopération » avec le Sud, est là encore un thème cher aux écologistes. Avec Duflot, Canfin fait partie de la jeune classe de trentenaires appelée par Hollande, tout comme Aurélie Filippetti, membre des Verts jusqu'en 2006, et qui hérite d'un beau ministère de la culture et de la communication sur lequel ses ex-partenaires politiques n'auraient pas craché non plus.

_PP.

Arnaud Montebourg sauvera-t-il les usines ?

Donner le portefeuille du « redressement productif » (de l’industrie) à l’auteur de Votez pour la démondialisation ! , c’était osé. C’est en tout cas un signe fort en direction de la gauche du PS que de nommer à ce poste l’auto proclamé représentant de  « la gauche décomplexée ». Arnaud Montebourg, 49 ans, sera donc chargé d’un poste clef, alors que de nombreuses entreprises française sont menacées de fermeture ou de délocalisation. L’artisan de la primaire socialiste – et outsider de cette élection où il a rassemblé plus de 17 % des suffrages - voulait, à l’automne, mettre en place un « protectionnisme européen, à la fois vert et social » . Une position radicale que ce spécialiste de la délinquance en col blanc, plutôt mal vu des élites industrielles et financières, aura sans doute du mal à défendre sous la houlette d’un premier ministre loin d’être un « rouge » échevelé (sans parler de son désormais collègue Manuel Valls, qui juge le concept de démondialisation « totalement réactionnaire ») . Mais il n’est pas interdit de rêver...

_P. G. 

Jean-Yves Le Drian, un ex « catho de gauche » à la Défense

Jean-Yves Le Drian - AFP / Fred DufourAvec la nomination de Jean-Yves Le Drian à la Défense, c’est encore un proche de François Hollande, et encore un « catho de gauche » qui fait son entrée au gouvernement. Issu de la Jeunesse Etudiante Chrétienne, ce Lorientais qui fut pendant dix-sept ans maire de sa ville natale, est député du Morbihan depuis 1978 avec deux interruptions. La première due à son entrée au gouvernement d’Edith Cresson en 1991, comme secrétaire d’Etat à la mer, la seconde à la suite de la débâcle socialiste de 1993. Un siège qu’il a récupéré en 1997 et auquel il renoncera en 2007. Auprès de François Hollande, il a été le « Monsieur Défense » tout au long de la campagne. A l’hôtel de Brienne, il va hériter d’une « patate chaude » : le retrait des troupes françaises d’Afghanistan. Une affaire d’autant plus délicate qu’elle sera pilotée depuis l’Elysée et qu’il aura à se dépatouiller des problèmes techniques et logistiques, et de la mauvaise humeur de la hiérarchie militaire. Il lui faudra ensuite gérer les ambiguïtés du candidat Hollande à propos de la place de la France dans le commandement intégré de l’Otan. Une autre « patate chaude ».

_D.S.

Une écolo pour les quartiers « et les campagnes » !

Cécile Duflot était attendue à l’Écologie, elle prend le ministère de « l'Égalité des territoires et du logement », qui doit recouvrir les compétences de feu la « politique de la ville ». François Hollande promettait un « ministère fort », rattaché au premier ministre, qui puisse exercer une influence sur toutes les politiques publiques pour  « mobiliser le droit commun dans les quartiers, mais pas seulement : dans les zones périurbaines et les campagnes » . Le choix d’une personnalité écologiste, forte tête, mais non-spécialiste de la « politique de la ville » pour ce ministère en charge des « banlieues » pourrait accompagner le décloisonnement souhaité par les collectivités et les associations. Théoriquement donc, la page est blanche.

Néanmoins, ce ministère n’accède pas au rang de « ministère d’État » comme le souhaitaient certaines associations. Et, à en croire son titre, sa politique pourrait surtout être circonscrite au logement. La secrétaire nationale d’EELV sera aussi flanquée de François Lamy, socialiste pur jus et député-maire de Palaiseau depuis une dizaine d’années, qui devient ministre délégué à « la Ville ». 

_E.M.

Marisol Touraine, une économiste à la santé

Marisol Touraine - AFP / Alain JocardSous la responsabilité de Marisol Touraine, la santé et les affaires sociales auront un maroquin commun. Normalienne et agrégée de sciences économiques, cette quinquagénaire est une spécialiste des affaire sociales :  durant la campagne, la fille du sociologue Alain Touraine, dirigeait le pôle « social, santé, handicap, personnes âgées ». La présidente du conseil général d’Indre-et-Loire, proche de Pierre Moscovici, veut défendre l’encadrement des dépassements d’honoraires et l’abrogation de la convergence public/privé, sans pour autant abroger la pourtant très libérale loi HPST (hôpital santé patient territoire).. Selon elle, les centres de santé sont un moyen de lutter contre les déserts médicaux. Au côté de Michèle Delaunay, chargée des personnes âgées et de la dépendance, elle devrait faire de la réforme de la dépendance une priorité.

_C.G.

Le retour de l’économie sociale et solidaire

Benoît Hamon - AFP / Fred DufourLes écologistes d’EELV n’ont pas le monopole de l’économie sociale et solidaire. Benoît Hamon, représentant de l’aile gauche du parti socialiste (courant Un monde d'avance), hérite d’un ministère délégué chargé de l’Économie sociale et solidaire, un signe fort du retour de la gauche dans ce secteur choyé par les programmes présidentiels des principaux partis (PS, Front de gauche, EELV). On se souvient que Lionel Jospin avait créé en 2000 un secrétariat à l’Économie solidaire, un portefeuille taillé sur mesure pour les écologistes et un certain Guy Hascoët, ancien député du Nord de 1997 à 2000. La présence de l’économie sociale dans les gouvernements remonte à l’arrivée de la gauche au pouvoir et à la création en 1981 par Michel Rocard d’une délégation interministérielle à l'économie sociale, première reconnaissance officielle d’un secteur méconnu qui représente près de 10 % du PIB national. L’économie sociale regroupe des pans entiers de l’économie avec les mutuelles, coopératives et le secteur associatif et se caractérise par des organisations non capitalistes ou sans but lucratifs. Plus récente, l’économie solidaire se caractérise par un ensemble d’activités contribuant à la démocratisation de l’économie à partir d’engagements citoyens. Benoît Hamon aura la lourde tâche de renouer avec un secteur qui a été livré au libéralisme par les gouvernements de droite, poussant vers le marché certaines activités non lucratives comme les centres médicaux et sociaux.

_T.B.  

Avec Peillon, l’école sera traitée avec philosophie

Si son nom avait été donné de longue date pour prendre la tête du premier ministère en termes d’effectifs (le fameux « mammouth » , comme l’avait qualifié l’un de ses plus vulgaires prédécesseurs, Claude Allègre), Vincent Peillon, député européen et désormais ministre de l’Education nationale, a sans aucun doute du pain sur la planche. A priori, un ministre socialiste a la tâche facilitée du fait des liens étroits et anciens entre son parti et le corps enseignant, réputé voter majoritairement à gauche. Mais le philosophe agrégé, ancien enseignant et auteur d’une thèse remarquée sur Merleau-Ponty, entré en politique à l’aile gauche du PS auprès d’Henri Emmanuelli puis allié d’Arnaud Montebourg (dans le courant NPS) sans avoir jamais cessé de publier des ouvrages sur la politique et la philosophie de l’éducation (citons le brillant Une religion pour la République : la foi laïque de Ferdinand Buisson , Seuil, 2010), aura fort à faire pour calmer, rassurer, réconforter et même remotiver les agents de ce ministère, particulièrement maltraités, voire ouvertement méprisés par l’ancien exécutif. Parmi ses premières missions : activer le programme de recrutement de 60 000 postes supplémentaires pour l’éducation dans les cinq ans à venir, soit 12 500 par an (pour un coût de 2 milliards d’euros environ) et relancer la formation professionnelle des enseignants – avec de nouveaux IUFM ? Mais le ministre commencera sans doute, comme il l’a annoncé lui-même par annuler le décret, signé in extremis (sans négociation avec les syndicats) par son prédécesseur Luc Chatel la veille de son départ, qui prévoit la mise en place d’une évaluation de chaque enseignant par les chefs d’établissement - une mesure de « caporalisation » des profs selon Peillon. Sans oublier le rétablissement des Rased précieux enseignements pour les élèves en difficultés dès la maternelle, supprimés par le gouvernement Fillon, au grand dam de la majorité des 12,5 millions de parents d’élèves, qui s’étaient fortement mobilisés en ce sens.

Numéro trois du gouvernement, Vincent Peillon devra en tout cas faire preuve de réalisme mais aussi de diplomatie auprès de personnels souvent en colère depuis des années face au manque de considération subi pendant de longues années – et parfois très sensibles politiquement aux sirènes du Front de gauche. Enfin, signe de l’effort voulu en faveur de la recherche (qui, après Jules Ferry a célébré aussi Marie Curie, prix Nobel de physique), l’Enseignement supérieur et la Recherche bénéficie d’un ministère indépendant dirigé Geneviève Fioraso, députée socialiste de l’Isère qui accueille le dynamique pôle de recherche grenoblois.

_O. D.

Najat Vallaud-Belkacem défendra les droits des femmes

Elle est la 25ème de ses 60 propositions. François Hollande crée le ministère des Droits des femmes et nomme à sa tête Najat Vallaud-Belkacem. Pas franchement une surprise pour cette élue de Lyon, porte-parole de François Hollande pendant la campagne. En établissant ce nouveau ministère, le président marque un engagement fort pour les féministes : lors de la précédente mandature les questions d’égalité entre les sexes étaient incluses dans le ministère des solidarités et de la cohésion sociale, et il faut remonter à...1981 pour trouver un ministère indépendant, entièrement dévolu aux femmes. Najat Vallaud-Belkacem, 35 ans, devra notamment travailler sur les différences de carrière professionnelle et de rémunération. En France, les hommes touchent encore un salaire 25 % supérieur à celui des femmes. Selon le programme de François Hollande, le ministère des droits des femmes devra faire respecter « u ne loi [qui] sanctionnera les entreprises qui ne respectent pas cette règle, notamment par la suppression des exonérations de cotisations sociales » .

_C.G.

Dominique Bertinotti, l’amie des gays, en charge de toutes les familles

Dominique Bertinotti - AFP / Jacques DemarthonMaître de conférences en histoire à l’université Paris-VII, ancienne chargée de mission à l’Elysée auprès de François Mitterrand de 1992 à 1995, Dominique Bertinotti devient, dans ce gouvernement Ayrault-I, ministre déléguée à la Famille auprès de Marisol Touraine, (cinquième du gouvernement) en charge du grand ministère des Affaires sociales et de la Santé. Si son titre demeure classique, la « Famille », on peut sans aucun doute supposer que Dominique Bertinotti se consacrera rapidement à l’adoption du 31ème des 60 engagements du programme de François Hollande : « J’ouvrirai le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels » . Maire du 4è arrondissement de Paris – qui comprend le quartier du Marais, là où est concentrée une grande part des établissements gays de la capitale –, elle est de longue date une interlocutrice privilégiée et attentive des associations LGBT (pour « lesbiennes, gays, bi et trans »). Elle devra mettre en œuvre l’autre promesse du nouveau président socialiste en matière de politique familiale : « Relever de 25 % l’allocation de rentrée scolaire » . On peut donc légitimement penser qu’elle devrait être appelée à être la ministre de toutes les familles…

_O. D.    

Aurélie Filippetti pour réformer la Hadopi

Illustration - Un gouvernement éclectique mais prometteur Normalienne, députée de la Moselle où cette fille d’immigrés italiens passa son enfance, Aurélie Filippetti, nouvelle ministre de la Culture et de la communication, a évoqué son difficile accès à la culture et ses origines ouvrières dans un roman autobiographique Les derniers jours de la classe ouvrière (Stock, 2003). Souvent décrite comme non dénuée d’ambition, elle est entrée en politique chez les Verts, puis a rejoint le PS où elle s’occupe depuis plusieurs années des questions culturelles. Rue de Valois, elle aura en charge de renouer des liens extrêmement distendus, voire très dégradés par le mandat de Sarkozy, avec le monde de la culture et, en premier lieu, les personnels de son ministère. L’une des mesures-phares (et attendues) : la réforme de la fameuse loi HADOPI, en essayant de trouver un délicat équilibre entre sauvegarde de la propriété intellectuelle et liberté de création appliquée aux facilités des nouvelles technologies. Surtout, elle aura fort à faire, en ces temps de crise économique (face à Bercy ?), pour « sanctuariser le budget de la culture et lui rendre des marges de manœuvre indispensables au service du patrimoine, de la création et de la diffusion culturelle, de l’éducation artistique » , comme elle le déclarait récemment au Journal des Arts (n°367, 13-26 avril 2012). Et tenter de relancer ce qui n’était pas arrivé depuis cinq ans Rue de Valois : une véritable révolution… culturelle.

_O. D.


PASCAL ROSSIGNOL / POOL / AFP

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