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Dictionnaire politique à l’usage des gouvernés

collectif, Fabienne Brugère & Guillaume Le Blanc (dir.), avec Michaël Foessel, Marie Gaille, Judith Revel, Pierre Zaoui, Bayard, 512 p., 24 euros.

Les auteurs de ce dictionnaire atypique, tous philosophes de la même génération, celle qui n’a connu que la « crise » du capitalisme depuis les années 1970 jusqu’à nos jours, s’interrogent sur la possibilité d’allers-retours entre pensée philosophique et pratiques politiques. Ils s’inspirent au premier chef de Michel Foucault, jusque dans le titre, puisque l’ouvrage est destiné « à l’usage des gouvernés ». C’est bien, en effet, la question de l’usage politique de la pensée et d’une politique des usages (on lira justement l’excellent article « usages », signé Pierre Zaoui) qui est déclinée au fil des entrées, tel un glossaire des « idées qui peuvent aider à résister, à transformer le présent ».

Faut-il se révolter ?

Fabienne Brugère, Bayard, « Le temps d’une question », 144 p., 15 euros.

Prolongeant le précédent, la philosophe Fabienne Brugère, professeur à l’université de Bordeaux travaillant, entre autres, sur la question du care, s’essaie (avec brio) à penser la question de la révolte, après une année 2011 marquée par le printemps arabe, les émeutes grecques, le mouvement des Indignés et des occupations, notamment de Wall Street et d’autres centres-villes à travers le monde. Dans la belle petite collection « Le temps d’une question » (qui synthétise en une centaine de pages une problématique), l’auteure lit la révolte, ou l’indignation, comme l’expression d’un « appétit de démocratie », à l’heure où l’attente du grand soir a vécu, de la part de citoyens avides d’une « autre politique ». Pour Fabienne Brugère, loin de l’apathie trop souvent invoquée, et qui serait due à la société de consommation, nous serions au contraire aux prémices d’une « alter-politique en construction », qu’il est aussi urgent de mettre en actes que de commencer à penser.

Un rêve algérien

Tarik Ghezali, éditions de l’Aube, 159 p., 13,20 euros.

« Un pays prospère aux habitants pauvres. » C’est ainsi que Tarik Ghezali, né à Alger voici trente-cinq ans, définit l’un de ses deux pays, lui qui vit en France où il est un militant talentueux de l’économie sociale et solidaire. Entre la prospérité qui résulte en grande partie de la rente pétrolière et la misère du peuple, il y a bien sûr la corruption. Rien n’est dissimulé dans cette « chronique d’un changement attendu ». Mais Ghezali nous livre tout de même un message d’espoir. Il veut croire que son pays tournera la page de la guerre d’indépendance. Car, demande-t-il, comment se tourner vers l’avenir quand le principal parti politique s’appelle, cinquante ans après l’indépendance, « Front de Libération nationale » et cimente son unité dans la seule hostilité au colonisateur ? « Dis-moi qui tu hais et je te dirais qui tu es », résume Ghezali. Et c’est cela que l’Algérie doit dépasser.


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