Incendies industriels

Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, doit faire face à une multiplication de plans sociaux dans plusieurs secteurs.

Thierry Brun  • 12 juillet 2012 abonné·es

On le surnomme le « pompier » des plans sociaux, car Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, est chargé d’éteindre les nombreux incendies industriels qui se sont déclarés dans le pays.

Ces dernières semaines, les secteurs sinistrés concernent l’automobile, les télécoms, la pharmacie. Dans l’automobile, le constructeur PSA Peugeot-Citroën prévoit de tailler dans ses effectifs : 8 000 à 10 000 postes sont sur la sellette. Dans les télécoms, SFR et Bouygues Télécom ont annoncé des plans sociaux. Bouygues Télécom veut supprimer près de 560 postes afin de « sauvegarder sa compétitivité ». Le groupe pharmaceutique Sanofi, l’une des valeurs phares du CAC 40, s’est dit aussi en quête d’une meilleure compétitivité, et a lancé en début d’année un plan de 2 milliards d’euros d’économies d’ici à 2015. Les syndicats y voient « un nouveau plan de restructuration » pouvant toucher 1 200 à 2 500 postes en France, alors que Sanofi a dégagé 8,8 milliards de bénéfices en 2011.

En dix ans, 750 000 emplois auraient été détruits, et 900 usines auraient fermé en trois ans, a évalué Arnaud Montebourg dans le sombre état des lieux de l’industrie française dressé dès son arrivée à Bercy. Débordé, le ministre pompier a nommé 22 commissaires au Redressement productif, qu’il a surnommés « l’équipe de France du sauvetage des emplois ». Lors de la conférence sociale, le héraut de la « démondialisation » au moment de la primaire du PS a présenté les grandes lignes de son programme de redressement productif, notamment un plan d’action d’urgence pour la filière automobile et un projet de loi contraignant les industriels qui se désengagent d’une usine rentable à la céder à un repreneur. Le gouvernement a aussi prévu la création d’une Banque publique d’investissement et un Livret épargne industrie, pour préserver les PME.

Face à l’ampleur des plans sociaux, les syndicats rejettent l’austérité généralisée. La CGT a remis fin mai au gouvernement une liste noire des plans sociaux, sur laquelle figurent 46 entreprises (Carrefour, Air France, la Société générale, ArcelorMittal…) et qui représente près de 45 000 emplois menacés. De son côté, le gouvernement a listé les 36 entreprises « les plus en danger », qui ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

En fait, tous les secteurs sont touchés, montre une étude du cabinet Altares publiée en avril. Au premier trimestre 2012, les défaillances d’entreprises (procédures de sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaires) s’élèvent à 16 206 et concernent 65 200 emplois contre 56 200 sur le même trimestre 2011, soit une augmentation de 16 %. L’étude indique aussi que, pour la quatrième année consécutive, le nombre des défaillances d’entreprises reste bloqué au-dessus du seuil très élevé de 16 000 procédures, et que « la moitié Est de la France concentre les tendances les plus sévères ».

« La situation financière des entreprises françaises, particulièrement de l’industrie, s’est nettement dégradée », estime Coe-Rexecode, institut d’études économiques proche du patronat, dans un document publié le 5 juillet. Autre coup dur, relève l’Insee, « le nombre cumulé de créations d’entreprises au cours des mois de mars, avril et mai est en baisse par rapport aux mêmes mois un an auparavant (- 3,3 %). Les secteurs qui contribuent le plus à cette baisse sont le commerce et le soutien aux entreprises ». Les créations d’entreprises ont chuté de 4,5 % sur les douze derniers mois, et se situent autour de 20 000 par mois, hors auto-entrepreneurs. Un niveau historiquement bas. L’effet de la récession se fait sentir et la rigueur budgétaire du nouveau gouvernement va accentuer le processus. Le ministre du Redressement productif n’a pas fini d’avoir chaud.

Travail Politique
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