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Les JO coûtent souvent très cher au pays organisateur, sans réelles retombées. Le Canada et la Grèce en ont fait la cuisante expérience.

Marion Perrier  • 19 juillet 2012 abonné·es

« De la prospérité et des emplois », c’est ce que le Royaume-Uni tirera de l’organisation des Jeux selon le Premier ministre, David Cameron. À chaque olympiade, reviennent les mêmes promesses de rentabilité, pourtant rarement respectées. Les Grecs en ont fait l’amère expérience en 2004. Même Jacques Rogge, actuel président du Comité international olympique (CIO), a reconnu que « 2 % à 3 % de la dette extérieure du pays » pouvaient être attribués aux Jeux. On estime qu’ils ont coûté 13 milliards d’euros, au lieu des 4,6 milliards initialement prévus.

En cause, des retards sur les chantiers, des coûts sous-estimés et l’augmentation du budget de sécurité, à la suite des attentats du 11 Septembre. Aujourd’hui, la Grèce n’est plus en mesure d’assurer l’entretien des installations : la plupart d’entre elles sont, à l’instar du complexe Hellénikon, à l’abandon. Autre exemple célèbre, Montréal, qui a mis trente ans à rembourser la dette liée aux JO de 1976. Alors que le maire, Jean Drapeau, avait promis que les jeux ne coûteraient « pas un sou aux contribuables », le budget a été multiplié par dix, ce qui a conduit à une hausse des impôts locaux et à la mise en place d’une taxe exceptionnelle sur le tabac. Athènes et Montréal ne sont pas des exceptions. Selon Wladimir Andreff, professeur émérite d’économie à la Sorbonne, les dépassements de budget sont dus au mode d’attribution de l’organisation des Jeux. Les villes candidates enchérissent pour présenter le meilleur projet. Elles gonflent les retombées socio-économiques et sous-estiment les coûts liés aux Jeux. Au final, ces derniers sont bien plus élevés et les organisateurs subissent la « malédiction du gagnant de l’enchère ».

Avec un seul candidat à l’organisation, pas de surenchère : les Jeux de 1984 à Los Angeles sont à l’inverse parmi les plus rentables de l’histoire. Refroidie par le désastre montréalais, la ville a notamment fait appel à des financements privés. Un exemple qui a été suivi par Atlanta, en 1996, organisant les « Jeux Coca-Cola », surnommés ainsi car massivement sponsorisés par la célèbre marque de boisson gazeuse. Mais c’est bien souvent le contribuable qui doit payer quand l’impact socio-économique des Jeux a été surestimé. « Pour éliminer les dépassements de budget, il faudrait supprimer les enchères, donc revenir à l’idée d’un site unique pour les JO, suggère Wladimir Andreff, mais cela pourrait diminuer le nombre de sponsors et le montant des droits de retransmission. » Et donner ainsi un coup d’arrêt à la course au gigantisme. Pas sûr que le CIO, qui se finance grâce aux sponsors, retienne cette proposition.

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