Jean Echenoz : « Je cherche toujours à aller voir ailleurs »
Deux ans après Des éclairs, Jean Echenoz revient pour un quatorzième roman, intitulé 14, sur fond de Première Guerre mondiale. Entretien.
dans l’hebdo N° 1221 Acheter ce numéro
Alors que nous avions demandé une heure pour réaliser cette interview, celle-ci a duré le double. Ce jour-là, Jean Echenoz avait le temps. Il l’a pris pour répondre aux questions et développer quelques à-côtés de la conversation sur son nouveau roman, 14. Il sortit ainsi de sa bibliothèque les DVD de documents filmés et d’images d’archives sur la Grande Guerre, commenta une notice du Petit Robert sur un mot discuté ou évoqua quelques bonheurs de lecture de la rentrée : Petite table, sois mise, d’Anne Serre (Verdier) et Viviane Élisabeth Fauville, de Julia Decq, premier roman paru chez son éditeur, Minuit (voir Politis du 20 septembre, n° 1219). Le tout, avec sa voix douce et non sans humour. Un entretien avec Jean Echenoz : une partie de plaisir.
Pourquoi ne participez-vous pas aux débats littéraires qui surgissent sur la place publique, comme celui qui a eu lieu récemment avec « l’affaire » Millet ?
Jean Echenoz : Parce que je trouve cela dérisoire de bout en bout. Il y a une jouissance du scandale, surtout dans cette affaire-là, qui est fatigante.
La figure de l’intellectuel, au sens de Zola pendant l’affaire Dreyfus, vous semble totalement étrangère ?
Je ne suis pas un intellectuel. Je suis un citoyen comme tout le monde, je crois avoir quelques convictions et je réagis à ce que je perçois du monde. Mais le fait que mon nom apparaisse sur la couverture de livres et dans des librairies ne me donne pas une légitimité pour exprimer publiquement un point de vue politique. Et afficher des positions publiques, même si elles sont les plus sincères et les plus désintéressées du monde, me paraît relever d’une mise en scène de soi qui ne me convient pas. Enfin, je n’aime pas le système pétitionnaire parce que je trouve que cela relève de l’abus de confiance. Vous évoquez l’affaire Dreyfus, mais l’affaire Millet est d’un tout autre registre, non ?
À quel niveau de gravité de la situation estimeriez-vous pertinent d’intervenir ?
Jérôme Lindon disait : « Je
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :
Pour aller plus loin…
« Mouette » : la spéléologie de l’âme
« Je voulais raconter la condition des femmes noires »
Malgré Angoulême, fêter la BD malgré tout