Le climat pèse sur les urnes

Si les candidats restent muets, les électeurs s’inquiètent de plus en plus des bouleversements climatiques.

Claude-Marie Vadrot  • 1 novembre 2012 abonné·es

Ironie de l’histoire, à la fin d’une campagne électorale pendant laquelle les deux candidats à la présidence (et les journalistes qui les ont interrogés) ont soigneusement évité les questions climatiques, l’ouragan Sandy, en formation à proximité de Cuba et de la Jamaïque, menaçait la côte est des États-Unis, nécessitant des mesures exceptionnelles, dont l’évacuation de 375 000 citoyens de la ville de New York. De quoi impressionner les électeurs puisqu’une enquête publiée il y a quelques jours par le Centre de recherche sur le climat de l’université de Yale a révélé que 70 % des Américains interrogés croient désormais à la réalité du réchauffement climatique. Et pour la première fois, une majorité d’entre eux est convaincue que ce réchauffement est lié aux activités humaines. Le responsable de l’étude, Anthony Leiserowitz, explique que la sécheresse, les inondations, les feux de forêt et les violents orages ont contribué à cette prise de conscience.

Sur le sujet, Romney et Obama évitent de se prononcer. Le premier parce que son parti est soutenu par les « antiréchauffistes » et le Tea Party, farouchement anti-écolo. Le Président parce qu’il ne souhaite fâcher personne dans les États « à risque ». En revanche, les candidats au Sénat et à la Chambre des représentants sont quotidiennement confrontés aux électeurs réclamant des prises de position claires. En particulier dans les États touchés par la sécheresse qui a détruit une partie des récoltes de soja et de maïs, et qui sévit toujours. Les électeurs affirment dans les sondages locaux que les réponses des candidats influeront sur leur vote. La polémique fait notamment rage sur ce thème dans le Maine, le Nebraska et le Massachusetts, où la question du climat pourrait barrer la route au sénateur républicain Scott Brown. Les sénateurs et les représentants concernés font régulièrement savoir à leurs candidats que les votes présidentiels pourraient être affectés par tout discours climato-sceptique. Au-delà de l’ouragan Sandy et des intempéries annoncées, l’artisan de cette évolution des opinions publiques locales s’appelle Bill McKibben. Nouvelle vedette des écolos américains, ce journaliste écrivain du Vermont s’était opposé avec succès à la construction de l’oléoduc qui devait transporter le pétrole des sables bitumineux canadiens vers le golfe du Mexique. Il a publié en 1998 la Nature assassinée, premier pamphlet américain documenté sur le réchauffement climatique, et s’est lancé depuis dans une croisade sur le climat. Avec son équipe, il anime aujourd’hui des dizaines de réunions pour informer ses compatriotes de façon simple et passionnée.

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