Dossier : La crise du rire

En scène !

La rédaction de Politis a été voir plusieurs spectacles actuellement à l'affiche.

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Le Comte de Bouderbala

Théâtre de l’Alhambra, 21, rue Yves-Toudic, Paris Xe. Également en tournée.

Est-ce son parcours atypique qui fait de lui le meilleur des humoristes au sein d’une génération pléthorique aujourd’hui ? Voilà une « tête de Portugais dans un corps de Turc » , ce qui n’est pas commun pour un Arabe né à Saint-Denis (en 1979), basketteur dans l’équipe nationale algérienne et en universitaire semi-pro au Connecticut, aux États-Unis, enseignant l’anglais et l’italien. Un parcours qui donne matière à un spectacle rigoureusement écrit, férocement drôle, visant les torts et travers de la société, les incongruités de l’existence, associant l’intime à l’universel, avec l’élégance suprême de se moquer de lui-même.

J.-C. R.

Michaël Gregorio

Au Bataclan, Paris XIe, jusqu’au 5 janvier.

À peine plus gros qu’un chat mouillé, mais quelle épaisseur ! À 28 ans, Michaël Gregorio possède déjà une vraie maturité d’artiste dans un genre où la valeur attend souvent l’âge : le pastiche. Certes, il y a la performance vocale, proprement époustouflante : doté d’un véritable ascenseur à tessiture, il convoque une quarantaine d’interprètes, de Billie Holiday à Dave, de Brel aux Black Eyed Peas. Mais Gregorio est aussi musicien et un humoriste au talent déjà abouti, nous baladant du fou rire à l’émotion au rythme de ses mille changements de veste.

P. P.

Chris Esquerre

Grand Point Virgule, 8 bis, rue de l’Arrivée, Paris XIVe.

Animateur radio, chroniqueur télé, il pratique un humour porté par l’absurde, le tragicomique, un brin cynique. Dans un pêle-mêle en apparence déstructuré, traquant le ridicule, il passe de la constipation à l’éducation à coups de claques, de l’argent de poche à la revue de presse des journaux que personne ne lit, tels Funéraire Magazine ou Passion Sanglier . Un ton pince-sans-rire et conférencier.

J.-C. R.

Fellag

En tournée dans toute la France jusqu’en juin 2013.

Chevauchant les peurs, Fellag retrace dans Petits Chocs des civilisations le parcours d’intégration d’un Algérien débarqué à Marseille en 1995, en pleine vague d’attentats suicides. Le voyage commence par une promesse : « Vous nous oublierez, comme vous avez oublié les Wisigoths, les Huns, les Italiens... » Au rythme d’un « cooking show » d’une heure trente, dans lequel Fellag nous apprend à marier les ingrédients d’un bon couscous – « plat préféré des Français » –, il déploie une ironie acide, jusqu’à chatouiller le politiquement correct. Dans le même élan, l’humoriste trempe sa culture maghrébine dans un bouillon d’autodérision. Un humour démineur qui s’engage sur la route des Algériens de France, jonchée de ces « petits chocs » annoncés par le titre. La salle, comble, est hilare.

E. M.

Yassine Bellatar

Comédie des Boulevards, 39, rue du Sentier, Paris IIe.

Nouveau one man show, Ingérable ! , pour le trublion des médias, passé par Canal + et Le Mouv’. Il cingle l’Express et le Point faisant de l’islam un danger, décrypte l’actualité « dont il faut se méfier » , brosse un historique de la banlieue, se moque des bobos, cible « la chasse à la tapette » et le mariage gay.

Charlotte Gabris

Théâtre de Dix-Heures, 36, bd de Clichy, Paris XVIIIe.

Les tribulations d’une jeune Suisse débarquée à Paris pour faire rire « malgré des origines allemandes » . Cultivant son compost, elle va « croiser beaucoup d’ordures » dans Comme ça c’est mieux ! Un spectacle qui ne manque pas de fraîcheur, notamment dans sa relecture du Petit Chaperon rouge ou de la série télévisée Urgences , mais plutôt décousu (en à peine 60 minutes pourtant), dont le niveau de langue et l’esprit corrosif pourraient être largement rehaussés.

Christelle Chollet

Théâtre de la Renaissance, 20, bd Saint-Martin, Paris Xe.

Autour d’un pianiste et d’un percussionniste, un spectacle qui mêle texte et chansons, écrit par Rémy Caccia. Si la partie texte est un peu faible, prétexte au chant, le volet musical est parfaitement abouti, dynamité, ponctué de succès populaires, avec notamment une reprise hystérisée des Copains d’abord de Brassens ou des Bourgeois de Brel.

J.-C. R.

Ali Bougheraba

Théâtre de Dix-Heures, 36, bd de Clichy, Paris XVIIIe.

Marseille pour théâtre, et le quartier du Panier pour scène. Gamin, le narrateur d’ Ali au pays des merveilles se rêvait en mouette. Le destin sera autre, au sein de ce quartier phocéen qu’Ali Bougheraba réanime au gré de ses souvenirs, de son imagination. Brassage des fragrances, mixité des cultures à l’ombre du béton. Endossant tous les rôles, Ali relate les petites existences ordinaires, ses vieux et ses vieilles, ses femmes voilées, son concierge, ses petits caïds et leurs évolutions de carrière, du « CP au CP » , du cours préparatoire au centre pénitentiaire. Un spectacle remarquable, au verbe coloré et précis, nourri d’humanisme.

J.-C. R.

Constance

Comédie de Paris, 42, rue Pierre-Fontaine, Paris IXe.

« Tu as envie de te suicider ? Tu as beaucoup de chance d’avoir le temps de faire des projets d’avenir ! » Les femmes de Constance ne sont pas au bord de la crise de nerfs, elles ont déjà franchi le cap. La comédienne aime les névrosées, les désaxées, et son cynisme hystérique tape juste. La mécanique de son spectacle, Les mères de famille se cachent pour mourir , huilée comme une publicité misogyne des années 1950, repose sur un texte nimbé de cruauté.

L. B.


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