Euroméditerranée, ou la ville confisquée
Le programme de réhabilitation des quartiers proches du port de commerce, confié aux promoteurs, vire à la « chasse aux pauvres ».
dans l’hebdo N° 1235 Acheter ce numéro
Une pauvreté « endémique », un port de commerce en déclin, une démographie en recul… Au début des années 1990, le consensus règne dans la classe politique : une « thérapie de choc » doit être prescrite autour du port de Marseille. C’est ainsi que la municipalité, l’État, la Région et le département se réunissent en 1992 pour annoncer de grands travaux. Au total, 531 millions d’euros de fonds publics doivent être investis d’ici à 2030. Le programme baptisé « Euroméditerranée » – « plus grande opération de rénovation urbaine d’Europe » – vise 4,8 km2 de hangars, d’immeubles, d’ « îlots villageois » vieillissants et de gares de fret encore en activité le long du port. Des quartiers pauvres en bordure du centre-ville qui intéressent les promoteurs immobiliers. En trente-huit ans, Euromed doit y construire 18 000 logements et 1 000 000 m2 de bureaux, espère générer 40 000 emplois et attirer 40 000 nouveaux habitants.
Quelques semaines avant l’ouverture des manifestations de « Marseille-Provence 2013 capitale européenne de la culture », le 12 janvier, Euromed n’était encore qu’un vaste chantier, une ombre tentaculaire qui préempte tous azimuts et affiche ses ambitions à chaque coin de rue. Le projet pharaonique, dont les premières réalisations sont sorties de terre en 2002, séduit plus d’un Marseillais. Mais, pour les dizaines de commerçants menacés d’expulsion, les milliers d’habitants dessaisis de leur lieu de vie et les amoureux du Marseille cosmopolite, les coups de truelle ne combattent pas la pauvreté. Ils la chassent. « Que peut-on faire ? Ils ont les meilleurs avocats », soupire un commerçant derrière le comptoir de son épicerie. « L’immeuble d’en face a été racheté par un Japonais, il veut en faire un hôtel, lance un vendeur de chaussures du marché du Soleil, à quelques centaines de mètres de la porte d’Aix et du Vieux-Port. Lorsqu ’ il ouvrira ses volets, il n ’ aura pas envie de voir des Arabes. » Comme la Joliette avant lui, le quartier de la Porte d’Aix doit « renaître » sous les grues d’Euromed. Il s’agit ici de terminer l’embellissement de l’entrée dans Marseille, après l’enfouissement d’un pont autoroutier et la rénovation de la gare, toute proche.
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