Jing, un CDI mais bientôt plus de papiers

Diplômée et salariée, Jing a toutes les caractéristiques d’une « bonne intégration » en France. Pourtant, en mars prochain, elle sera sans papiers.

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Jing a 27 ans, un français presque parfait, un diplôme de master et un CDI dans l'audiovisuel. Mais elle est chinoise, et en décembre dernier, trois mois après son embauche, la préfecture de Paris a refusé de renouveler son titre de séjour.

« En Chine, je n’ai ni numéro de téléphone, ni compte bancaire, je n’existe plus. Ma vie, aujourd’hui, est ici. » Pourtant, c’est presque par hasard que la jeune femme a décidé de venir en France.

En 2008, Jing est étudiante à l’université normale supérieure du Nord-Est, dans la ville de Changchun, s'interrogeant sur son avenir. Elle sait juste qu’elle voudrait partir, loin de la vie qu’elle mène entre ses études qu’elle néglige et les jeux vidéo des cyber-cafés.

« Je pourrais donner beaucoup de raisons à mon départ : le manque de libertés, le système d’éducation, la pollution… Mais pour être honnête, la raison est avant tout personnelle. C’est ma vie là-bas que je voulais quitter », explique-t-elle.

À l’université, une affiche annonce : « Le français en promotion. Les dix premiers inscrits partiront étudier en France ». Une opportunité qu’elle saisit au vol. Quelques mois plus tard, en septembre 2008, elle s’envole pour Lyon, avec une autorisation de séjour, un français vacillant et cinquante kilos de bagages.

Un CDI mais pas de papiers

Jing a des papiers, mais la vie en France n’est pas simple pour autant. Elle cumule les petits boulots, tout en poursuivant un cursus à l’université de Lyon II, puis à Bordeaux III, d’où elle sort en 2012, titulaire d’un master professionnel Images et Multimédia. En septembre, elle décroche un CDI à Delapost, une entreprise de post-production audiovisuelle. Mais trois mois plus tard, la préfecture de Paris rejette sa demande de renouvellement de titre de séjour. Les motifs ? Il manque quarante euros à son salaire. Au-dessous d'un seuil de revenu équivalent à 1,5 fois le SMIC, l’emploi des étrangers est conditionné par l’état du marché du travail.

Or, Jing ne gagne « que » 2097 euros bruts. En conséquence, son emploi doit profiter à un ressortissant français, ou de l’Union européenne. Le poste de Jing ne relèverait pas de « compétences rares », sa présence sur le sol français n’est donc pas « justifiée », surtout en ces temps de chômage. Misère du cas individuel face à un traitement général.

« La fin de mon identité française »

Entre la perception de l’administration et celle de Pascal, son employeur, il y a un gouffre. « J’ai recruté Jing pour ses qualités. Son origine chinoise et sa maîtrise des langues sont des atouts pour notre entreprise qui réalise l’essentiel de son chiffre d’affaire en Chine. On me reproche de ne pas être passé par Pôle Emploi, alors que cette jeune femme possède toutes les compétences et les qualités que je recherche ! »

Pour Jing, c’est toute une vie qui s’arrête. « 7 décembre 2012, l'avis de refus de l'autorité déclenche un compte à rebours qui effacerait l'existence de cette vie soigneusement construite, écrit-elle, 17 mars 2013, la fin de mon identité française (…)."GAO Jing", ces 7 lettres qui représentent la version française de mon nom seraient supprimées. » Pas question de retourner en Chine, Jing tente un recours et son avocate lui suggère de rester en France. Depuis, elle compte les jours avant son passage dans la clandestinité.


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