« Lincoln », de Spielberg : Esclave du consensus

Lincoln , un Spielberg aussi trépidant qu’une virée au musée Grévin.

Christophe Kantcheff  • 31 janvier 2013 abonné·es

C’est une scène, la nuit, où Lincoln ne parvient pas à se défaire d’une insomnie. Il sort de ses appartements, dans la Maison Blanche, et entre dans la salle des communications, où deux jeunes télégraphistes veillent à leur poste. Le Président discute avec eux et leur livre une leçon de vie sur le mode paternaliste. Puis il prend congé en posant sa main sur les épaules des deux garçons. La caméra recule quand Lincoln s’éloigne. Elle filme un homme de dos un peu voûté, encore mince malgré la cinquantaine passée, son célèbre chapeau haut de forme sur la tête, qui s’éloigne dans les limbes.

Bref, c’est la représentation d’un mythe qui, chez Steven Spielberg, prend irrésistiblement l’allure d’un chromo. Lincoln ne risque pas de déclencher des polémiques outre-Atlantique (aucune allusion, par exemple, à la bisexualité du président) : sa vision du grand homme est nimbée d’une naphtaline consensuelle. Et, à l’arrivée, on ne sait plus, entre l’amour que porte Lincoln à sa femme irritable, usée par le chagrin de la perte d’un enfant, et son combat pour l’abolition de l’esclavage, ce qui est le plus ennuyeux. La statue a beau bouger un peu, c’est, sans surprise, une statue. L’histoire à la Spielberg est pétrifiée par les poncifs et les bons sentiments. Le cinéaste a pourtant à son service de bons comédiens : Daniel Day-Lewis, Tommy Lee Jones… Mais il les utilise comme au musée Grévin. Spielberg, taxidermiste en chef, est un petit réalisateur de rien du tout.

Cinéma
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