Le retrait d’Orwell (À flux détendu)

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Il fut officier de police en Birmanie, a fréquenté les bas-fonds de Londres et de Paris, a pris part aux combats aux côtés des républicains espagnols, a été correspondant de guerre dans l’Allemagne de 1945… Son nom : Eric Blair, dit George Orwell. Ses biographes ont pu faire de sa vie d’écrivain un récit d’aventure. Jean-Pierre Martin , lui, a préféré mettre en avant l’existence que l’auteur d’ Hommage à la Catalogne s’est choisie dans ses ultimes années. Il en a fait un livre, passionnant, au titre éloquent : l’Autre vie d’Orwell (Gallimard, 150 p., 17,90 euros).

Orwell a 43 ans, en 1946, quand il s’installe dans une ferme isolée « tout près de la mer, à l’extrême nord de Jura, une île des Hébrides intérieures. Isolée, c’est peu dire : on peut difficilement imaginer un coin du monde plus paumé ». Il n’a plus que quatre années à vivre. Orwell s’est alors lancé dans l’écriture de 1984, son dernier livre, qui restera le plus célèbre. Mais ce à quoi Jean-Pierre Martin s’attelle, c’est à cerner les raisons mystérieuses qui ont amené l’écrivain à se retirer physiquement. Si son corps, pourtant déjà atteint par la tuberculose, s’adonne avec allant à toutes les rudes tâches nécessaires à la (sur)vie, s’il note scrupuleusement ce qu’il voit de la nature et chaque labeur effectué, cette vie de cénobite répond à un besoin intérieur, à des nécessités existentielles.

Avec patience et fraternité, Jean-Pierre Martin explore toutes les dimensions de la personnalité d’Orwell qui peuvent expliquer ce choix. Le constat de Cassandre que l’auteur de la Ferme des animaux dresse alors sur l’état du monde, partagé par Kœstler, lui aussi retiré quelque part au Pays de Galles, compte parmi les facteurs déterminants. Une paranoïa grandiose et créatrice, à la mesure de l’histoire, pousse Orwell hors du temps. Elle fait pourtant de lui un contemporain capital.


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