Cannes 2013 : Le Festival au jour le jour
De Chine, d’Iran ou d’ailleurs, un panorama des premières projections, extrait du « Journal de Cannes » de Christophe Kantcheff.
dans l’hebdo N° 1254 Acheter ce numéro
Une pluie de films sur la Croisette. Du festival officiel à la sélection Un certain regard en passant par la programmation de l’Acid, décryptage en zone humide de cinq longs métrages de tous horizons.
Jeudi 16 maiWajma, de Barmak Akram
On a beaucoup à redouter des films qui épousent la cause des femmes en pays musulman avec la volonté de plaire avant tout au public occidental. Ce n’est pas le cas de Wajma, réalisé par le cinéaste afghan Barmak Akram, formé aux Beaux-Arts et à la Fémis. Le film, qui ouvre la programmation de l’Acid, a cette immense qualité de ne pas juger ses personnages, en particulier masculins. Non que le film ne développe un point de vue : il est résolument aux côtés de Wajma (Wajma Bahar), enceinte de son amoureux clandestin, qui refuse dès lors de l’épouser, et rejetée, battue par son père. Mais, précisément, la caméra est « aux côtés de », jamais en surplomb. Dans la première partie du film, on suit la manière dont Wajma et Mustafa flirtent à l’abri des regards. Les deux jeunes gens jouent avec les interdits, alors qu’eux-mêmes ont des gestes de tendresse furtifs, balbutiants. Ils s’arrangent pour se retrouver secrètement dans un appartement. Là, le garçon paraît un peu plus entreprenant, mais leurs étreintes restent réservées. L’une des belles qualités de ce film est de faire sentir avec justesse ce qui les traverse : à la fois l’élan vers l’autre et la pesanteur de l’interdit. Ils vont toutefois transgresser celui-ci. La scène d’amour n’est pas montrée, mais le moment qui suit, quand Wajma demande s’ils auraient dû faire ce qu’ils viennent de faire. Les conséquences en seront plus graves pour elle que pour lui. L’intelligence de Barmak Akram est d’avoir conçu