La passion de Sapin (À flux détendu)

Monsieur Sapin veut l’application de cette convention collective des techniciens du cinéma, ce qu’il appelle la « raison ».

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Michel Sapin, actuel ministre du Travail, a été pendant plusieurs années président du conseil régional du Centre. À ce titre, parce que cette région est devenue un acteur non négligeable de la politique publique d’aide au cinéma, il a acquis une certaine connaissance de ce milieu et plus largement de celui de la création. Résultat de son expertise : « Dans le domaine de l’art et de la culture, on met de la passion dans tout. Il faut sortir de la passion pour entrer dans la raison. Trop de passion aveugle. » Cette profonde sentence – qui n’est pas du tout un vilain poncif, hein ? –, Michel Sapin la prononce dans une interview accordée avec sa collègue ministre de la culture, Aurélie Filippetti, aux Cahiers du cinéma dans leur édition du mois de mai. Une interview consacrée à la convention collective des techniciens du cinéma, applicable à partir du 1er juillet. Signée par les majors de la distribution (UGC, Pathé, Gaumont et MK2) et des syndicats, dont la CGT, cette convention, aux motivations légitimes, risque de rendre impossible la réalisation de nombreux films aujourd’hui fragiles économiquement (cf. « À flux détendu » du numéro du 11 avril). Monsieur Sapin veut l’application de cette convention, ce qu’il appelle la « raison ». Il faut lire l’intégralité de cet entretien, où les interviewers, dans un style qui n’est hélas plus habituel, répliquent et ne cèdent sur rien, tandis que les ministres les renvoient pour toute réponse à la rediscussion de l’annexe de cette convention, qui « devrait » prendre en compte les films à petits budgets. « Vous êtes décidément de vigoureux défenseurs du point de vue patronal », lance aux journalistes le ministre du Travail. Qui ajoute : « Ne soyons pas caricatural. Nous sommes un gouvernement du dialogue social. » Dans le domaine de la politique, on met du cynisme dans tout. Il faut sortir du cynisme pour entrer dans le scrupule. Trop de cynisme aveugle.


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