Les emplois d’avenir, la paille et la poutre…

Le Président de la République lors de sa dernière conférence de presse a annoncé, entre autres dispositions, l’élargissement des « emplois d’avenir » au secteur privé « ordinaire », c’est-à-dire capitaliste et libéral.
_ Les acteurs de l’ESS sont, plus que tout autres attachés à l’emploi des jeunes en décrochage scolaire et social des zones les plus défavorisés qui sont la cible principale du dispositif. Ils sont depuis de longes années engagés dans l’insertion, la formation, l’emploi de ces jeunes.

Jean-Philippe Milesy  • 21 mai 2013
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Mais quand fut préparé ce dispositif, ces mêmes acteurs émirent des réserves quant à sa conception, et notamment quant à son adaptation aux besoins des associations qui étaient largement sollicitées.
_ Lors d’une journée organisée par la CRESS Ile de France, leurs responsables, pour la quasi-totalité en phase avec la politique de l’actuel gouvernement, exprimèrent cependant devant les responsables de la Dirrecte et de Pôle emploi, puis devant le ministre Benoït Hamon, leurs critiques. Celles avaient auparavant été formulées par de nombreux membres du Conseil supérieur de l’ESS qui soulignaient que le public cible ne correspondait pas à leurs besoins en personnes disposant de certaines qualifications, de certaines compétences. Les interventions sociales et éducatives des associations, par exemple, sont de plus en plus complexes notamment dans le champ des publics défavorisés. Les acteurs associatifs relevaient aussi que l’effort de formation et le « tutorat » que ces jeunes nécessitaient ne sauraient être mise en œuvre compte tenu des contraintes économiques et en personnel dans lequel ils évoluaient.
_ Aussi les associations n’ont-elles pas contribué au dispositif à la hauteur qui était attendue d’elles et ce malgré leurs désirs et les aménagements obtenus par le ministre en charge de l’ESS de son collègue du Travail.

Certains dirent alors que les entreprises privées seraient, elles, moins « difficiles », moins soucieuses de qualité, de l’évolution des jeunes embauchés et joueraient pleinement l’effet d’aubaine : 35% du smic assurés sur fonds publics. C’est chose faite.
_ Nous sommes ravis pour les jeunes qui seront ainsi embauchés. Nous ne saurions regretter un appui aux artisans et TPE qui sont de plus en plus contraints par le marché, notamment ceux enfermés dans la sous-traitance. Nous sommes interrogatifs sur les effets à la sortie du dispositif sur l’emploi.
Et pour les entreprises les plus importantes (MEDEF) les plus spéculatives (« pigeons »), nous nous interrogeons sur la logique globale de cette extension qui constitue une aide de plus à des entreprises. Celles-ci vantent leur qualité de « seuls créatrices de richesse » ; elles distribuent d’importants salaires à leur dirigeants et leurs actionnaires dans le même temps où elles imposent la rigueur salariale et les licenciements. Mais surtout à travers des dispositifs de crédits d’impôts, d’exonération, d’aide à l’installation elles sont de plus en plus « assistées ».
Paradoxalement c’est ce que le MEDEF et la CGPME dénoncent régulièrement dans l’ESS.
La Paille et la Poutre, vous connaissez…

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