Total abandonne la Lorraine

La multinationale a annoncé la suppression de 210 emplois sur la plateforme pétrochimique de Carling, avec l’arrêt de son dernier vapocraqueur. Elle ne produira bientôt plus de plastiques à base de pétrole. Réactions.

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Les salariés de Carling s'y attendaient. Mais tout de même, le coup est rude pour Aldo Scalzo, secrétaire du comité central d’entreprise, « l’arrêt du vapo va faire disparaître la chimie de base de la Lorraine, et ce n’est pas une bonne nouvelle. On le sentait venir depuis 2005 : le 1 er vapo a été fermé en 2008. »  

Dans ce coin lorrain, autour de Forbach, le chômage s’élève à 13,7 %. Les cinq dernières années ont vu le nombre de demandeurs d’emploi augmenter de 60 %. Alors, chaque poste compte. Aldo Scalzo fait le compte : « C’est 210 emplois supprimés, après 300 en 2005. Nos clients aussi vont être touchés. Arkema, notre voisin, a besoin de notre propylène pour sa filière acrylique. INEOS, à Sarralbe, va avoir du mal à s’approvisionner… Pour un emploi supprimé dans la pétrochimie, c’est trois ou quatre emplois perdus dans la sous-traitance. On est donc entre 600 et 800 pertes d’emplois de ce côté-là.  » 

« Total a un projet d’avenir pour la plateforme de Carling » , lance l’entreprise dans un communiqué. La plateforme devrait se recycler dans la fabrication de nouveaux plastiques, comme les polymères ou les résines d’hydrocarbure. Après sa conversion du charbon vers la carbochimie, puis vers la pétrochimie, le site de Carling aborderait donc la troisième reconversion de son histoire. Un plan d’investissement de 160 millions d’euros d’ici 2016, moins 30 millions de coûts d’infrastructure a été promis. « Ce n’est pas assez » , déplore Geoffrey Caillon, délégué CFDT. « Nous réclamons plus. » À titre de comparaison, « la plateforme de Lacq, dans une situation similaire, avait obtenu 500 millions d’euros. »  

L'ombre du gaz de schiste américain

Il est vrai que la plateforme pétrochimique ne dispose pas de tous les atouts de ses congénères du reste de la France. Carling est le seul site à ne pas être apposé à une raffinerie et ne dispose pas d’infrastructure portuaire. Autre argument, bien connu des entreprises au moment de supprimer des emplois : la concurrence mondiale. Aujourd’hui, il est possible de produire des plastiques à partir de ressources moins chères que le pétrole comme, par exemple, le gaz de schiste.

« Total est associé à la compagnie Chesapeake - premier foreur des États-Unis (quelques 11 000 puits en vingt ans), second producteur américain de gaz et premier producteur mondial de gaz de schiste -, qui est l'opérateur le plus actif des 4 principaux champs américains de gaz de schiste » , pouvait-on lire l’an passé sur le site internet de Total. Dans ce document, aujourd'hui disparu, on apprend que le champ de gaz de schiste de Barnett Shale produit « 140 000 m 3 de gaz par jour (près de 8 % de la production américaine totale de gaz et environ 35 % de la production américaine de gaz de schiste) ».  

« C’est vrai que cette concurrence est alimentée par Total, mais pour l’instant, ce qui est produit là-bas ne coule pas ici » , tempère Aldo Scalzo. «  En revanche, il y a des polymères qui sont fabriqués au Qatar et qui, maintenant, arrivent en France. Il y a un effet de délocalisation. Ce qui nous arrive, c’est une sorte de délocalisation. »  

Dernier argument avancé par la direction : une perte récurrente de 100 millions d’euros, en réalité due à un choix de la direction de faire tourner le vapocraqueur en sous-capacité. « Cette perte, c’est eux qui l’ont créée. À plein régime, on aurait pu se suffire. »  

Pas question pour autant, pour Geoffrey Caillon, de comparer Carling à Florange. « Sauf si c’est pour dire que ça va mal en Lorraine. Là, oui, c’est comparable. »


Photo : JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

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