« Entre défiance et fatalité »

De Marseille à Dijon en passant par Lyon et Clermont-Ferrand, tableau d’une France délaissée malgré les politiques successives, minée par le chômage et la confrontation avec les institutions.

Erwan Manac'h  • 17 octobre 2013 abonné·es
Étape 1, Marseille

Shéhérazade, la fille de la cité Bassens revenue terminer son « œuvre »

Les phrases virevoltent dans sa bouche, et c’est tout son corps qui danse avec elles. Dans les 9 m2 de son local associatif, Shéhérazade Ben Messaoud déclame dans le désordre les petites et les grandes histoires de son quartier et de sa vie militante. Née en 1964, avec la cité « de transit » – elle déteste ce mot – de Bassens, à deux pas du port de commerce, dans le nord de Marseille, Shéhérazade grandit avec les sept autres membres de sa famille dans une seule pièce, chauffée au charbon noir et au mazout. « C’est en arrivant à l’école que tu comprends que d’autres vivent mieux que toi », se souvient-elle. Il faudra dix ans de mobilisation des habitants pour qu’un centre social soit ouvert dans le quartier, en 1972. Avec l’arrivée de deux militants d’ATD Quart Monde la même année, le combat pour des conditions de vie décentes s’amplifie encore.  « Ce mouvement chrétien a appris aux musulmans et aux Gitans à se défendre, s’émerveille encore Shéhérazade.  Il a politisé toute une génération et nous a donné de l’espérance. » Après plusieurs années passées à travailler dans le social, Shéhérazade revient à Bassens en 1998 pour reprendre le flambeau. Bassens 1, la partie la plus ancienne du quartier, est en piteux état. Avec l’association Made, les habitants se mobilisent pour attirer l’attention des élus.  « À ce moment-là, on a senti l’opinion publique changer, et, avec elle, c’était notre opinion de nous-mêmes qui évoluait », se souvient-elle. Un plan de rénovation est finalement signé en 2000, et 46 pavillons avec jardin sortent de terre en lieu et place de l’ancienne cité d’urgence. «   C’est mon œuvre », assure Shéhérazade, qui est restée toutes ces années « adulte-relais », un contrat peu qualifié censé servir de « tremplin » vers les métiers du social. Nordine Delladj, le petit frère des Flamants devenu éducateur Le virus d’éducateur, Nordine Delladj l’a contracté très tôt, au contact du maillage associatif très dense qui fait vivre son quartier des Flamants, dans le nord de Marseille. Il a 10 ans, en 1983, lorsqu’il participe à sa première manifestation avec son père au moment de la Marche pour l’égalité. Adolescent, il fait ses classes d’éducateur pendant les années « came et sida », bénévolement, pour sensibiliser les jeunes de sa génération aux méfaits de la drogue. À 25 ans, il décroche un emploi-jeune d’aide éducateur au « lycée Nord » (Saint-Exupéry), qui lui permet de passer un diplôme d’assistant éducateur. Pourtant, raconte Nordine, sa qualification et ses dix ans d’expérience ne lui permettent pas de percer le « plafond de verre » lorsqu’il termine son contrat en 2003.  « Nous avons cru le discours sur l’ascenseur social, mais le jeu était truqué, juge-t-il aujourd’hui. Ceux qui ont choisi l’autre voie étaient beaucoup moins naïfs que nous ! » « La réalité

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