Front de gauche : « L’heure de vérité »

Le vote des communistes parisiens électrise les rapports entre le PG et le PCF.
Jean-Luc Mélenchon est vent debout contre une alliance avec le PS à Paris.

Michel Soudais  • 16 octobre 2013 abonné·es

Le torchon brûle entre le Parti de gauche et le Parti communiste. En cause, le choix des deux tiers de la direction parisienne du PCF, dont Pierre Laurent, de s’allier au PS dès le premier tour des municipales en échange de 13 sièges de conseillers de Paris (contre 8 actuellement) et 32 conseillers d’arrondissement. Un choix que le conseil départemental du PCF a défendu le 9 octobre en faisant valoir dans un communiqué que « l’accord stratégique et programmatique avec le PS parisien, qui exprime clairement la nécessité de refuser toute politique d’austérité qui viendrait s’opposer à l’intérêt des Parisiens, est un point d’appui devant les défis qui seront immanquablement posés à toute nouvelle majorité municipale de gauche ». Ce qui ne rassure apparemment pas Jean-Luc Mélenchon pour qui, si les militants communistes devaient confirmer ce choix – ils votent du 17 au 19 octobre –, ce serait « un exemple désastreux ». « J’étais prêt à fermer les yeux sur des tas d’endroit », concède-t-il. Mais pas à Paris, qui plus est avec l’appui du secrétaire national du PCF.

Dimanche, à Clermont-Ferrand, où il clôturait la convention nationale de son parti consacrée aux municipales, le député européen accuse Pierre Laurent de « troquer l’Humain d’abord pour quelques places d’abord » et de « quitter le Front de gauche » dans la capitale. Des mots durs, inusités jusque-là entre partenaires, a reconnu Jean-Luc Mélenchon, mais justifiés par les circonstances : « C’est l’heure de vérité, c’est trop grave ce qui se passe. » Une gravité dont le coprésident du Parti de gauche menace de prendre à témoin le congrès du Parti de la gauche européenne. Cette organisation européenne, qui rassemble vingt-six formations à la gauche des partis sociaux-démocrates, communistes ou non, d’une vingtaine de pays, est présidée depuis décembre 2010 par… Pierre Laurent. Le prochain congrès, programmé mi-décembre à Madrid, sera « forcément un congrès de crise, a glissé Jean-Luc Mélenchon, puisque son président décide d’une alliance au premier tour avec les socialistes dans l’endroit le plus visible de toute l’Europe » et « annonce à toute l’Europe que l’idéal, c’est que le Front de gauche disparaisse de Paris ». Cela est « contraire à tout ce qui se pratique dans toute l’Europe », où les formations membres du PGE disputent partout aux sociaux-démocrates la première place à gauche.

« Ce n’est pas vrai que les communistes ont envie de s’allier avec les socialistes », note toutefois Jean-Luc Mélenchon en affirmant que dans les villes où ils ont déjà voté, ces derniers « à une écrasante majorité ont voté la fidélité au Front de gauche ». Il se félicite ainsi que « six des onze membres de la direction nationale du PCF so[ie]nt sur des listes autonomes au premier tour », et dit avoir « grande confiance » dans le choix final des militants parisiens. Dans un entretien à Politis.fr, Danielle Simonnet, tête de liste du PG à Paris, leur conseille « de lire attentivement le programme municipal qu’ils ont collectivement élaboré pour Paris ». Décliné en 75 propositions sous le titre « Paris pour toutes et tous », ce programme, qui « ne cesse de faire le lien entre les enjeux locaux et les logiques nationales », montre-t-elle, « est en soi un des meilleurs argumentaires en faveur de listes autonomes ». C’est d’ailleurs sur leurs orientations pour les municipales que les quelque 300 militants du PG présents à Clermont ce week-end ont débattu. Un texte de 66 pages, fruit de six mois de travail et de nombreux amendements, a été adopté à la quasi-unanimité. Il vise, à travers « huit chantiers prioritaires » (services publics, planification écologique, gratuité des biens communs, émancipation citoyenne…), à promouvoir des « radicalités concrètes » en rupture avec la politique gouvernementale. Comme avec les pratiques habituelles des élus municipaux.

Politique
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