Tremblez, braves gens !

Entre télévision et radio, Jean-Marc Morandini laboure à longueur d’antenne les sujets privilégiés du parti des Le Pen.

Jean-Claude Renard  • 31 octobre 2013
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Ça s’appelle « Crimes ». Sur NRJ 12. Un magazine dont le titre dirait le sujet. Le point de départ est un meurtre, odieux, gratuit, crapuleux ou passionnel. Relaté avec force détails, poussé dans la mise en scène. Ici, « le monstre de la cité », trucidant sa compagne de plusieurs coups de couteau. Là, une joggeuse croisant un violeur multirécidiviste –  « fraîchement libéré », commente Jean-Marc Morandini, aux commandes du magazine (l’expression n’est pas innocente). Là encore, « l’une des plus grosses erreurs judiciaires », s’agissant de Marc Machin, incarcéré six ans avant d’être innocenté grâce aux aveux d’un SDF déséquilibré livrant le récit de son meurtre « d’une rare violence, macabre » (leitmotiv du magazine). Bref, du fait divers pur jus, réécrit, scénarisé (chaque histoire s’enrichissant de reconstitutions accompagnées d’une bande-son anxiogène) et commenté par des journalistes de presse locale ou nationale ayant suivi l’affaire (on se demande ce qui les pousse à figurer à l’écran).

Du fait divers ? Pas seulement. Passé le sujet et ses témoignages, Morandini se place face caméra, enchaîne sur l’insécurité. « Y a-t-il des villes où il est plus dangereux d’aller que d’autres ? », demande l’animateur à Christophe Soullez, criminologue. Et de pointer Bobigny, Saint-Denis. Du crime crapuleux, on ne glisse pas doucement, on passe directement au trafic de stupéfiants et aux cambriolages. « Est-ce qu’on s’achemine vers les violences des villes américaines ? » Tant qu’à faire, on y ajoute les touristes souffrant d’arnaques et de multiples vols à Paris. Rebelote sur le trafic de stups, avant de pointer le problème des cités. Dans un autre numéro, on verra qu’on « a peur » dans les campagnes picardes. Morandini passe du coq à l’âne, amalgame, fabrique des trouilles crasses dans la France profonde. Tout un programme.

Dans l’esprit démago, « Crimes » est un pendant de ce que l’animateur propose le matin sur Europe 1 dans son « Grand Journal des médias », entre 9 h et 10 h 30, ponctué par une question très orientée adressée aux auditeurs : « Les fonctionnaires sont-ils des privilégiés ? »  ; « Les politiques sont-ils encore crédibles ? », ou encore, ce jeudi 24 octobre : « Faut-il réformer le droit du sol ? » Au bout du fil, des réponses dans le même sens : « Occupons-nous d’abord des Français, on verra après pour les étrangers. » S’y mêlent immigration massive, insécurité encore, religion et intégration. Avec pour corollaire un autre leitmotiv : « Je ne fais pas de politique. » Jean-Marc Morandini non plus ne fait pas de politique.

Publié dans le dossier
FN : Les médias complices ?
Temps de lecture : 2 minutes
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