Boycott d'Unilever : « Unilever doit négocier avec les salariés de Fralib »

Les «Fralib» lancent samedi 7 décembre une campagne de boycott des marques d’Unilever. Explications.

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Olivier Leberquier, mécanicien et délégué syndical CGT de Fralib , explique les enjeux de la campagne de boycott des marques d’Unilever lancée le 7 décembre . Il détaille aussi les objectifs de reprise en coopérative de la seule entreprise de conditionnement de thés et d’infusions en France.

Après trois années de lutte pour sauver le site de Fralib, pourquoi lancez-vous une campagne de boycott des marques d’Unilever ?

Olivier Leberquier : Quand les dirigeants d’Unilever ont annoncé leur projet de fermeture de Fralib à Gémenos en septembre 2010, nous avons rapidement lancé cette arme du boycott sur la seule marque Lipton. C’est une des premières décisions que nous avons prises parce que nous voulons conserver la marque de thé et d’infusions Eléphant, qui a 120 ans d’existence et n'est vendue qu'en France, alors que Lipton est la marque milliardaire du groupe. De plus, dans ce secteur, nous avons la seule usine en France qui conditionne les thés et les infusions.

Récemment, avec le comité national de soutien présidé par le député PCF André Chassaigne, nous avons pris la décision d’appeler à étendre le boycott des marques d’Unilever et à une journée nationale de boycott le 7 décembre. Ce qui nous avons pris cette décision fin 2012, suite à la visite à Paris de Paul Polman, PDG d’un groupe qui a engrangé 4,6 milliards de bénéfices net l’année de la fermeture du site de Fralib et qui rejette notre projet de reprise de Fralib en coopérative.

-### Notre reportage sur place :

Nous avons été scandalisés d’apprendre que ce monsieur a été nommé membre d’un panel de réflexion aux Nations unies pour réfléchir au développement durable de la planète. Ce qui nous met hors de nous, c’est que nous portons un projet qui fait en sorte de relancer une filière courte de thés et d’infusions bio avec la marque Eléphant. Ce que nous voulons faire, c’est par exemple acheter le tilleul à 150 kilomètres de chez nous, à Buis-les-Baronnies, pour ensuite le travailler, le couper, le conditionner sur le site de Gémenos, puis le vendre aux consommateurs français.

On est loin des méthodes d’Unilever dont la politique est par exemple d’acheter le tilleul en Amérique latine, pour le faire venir par bateaux à Hambourg en Allemagne. Ce tilleul parcourt ensuite 600 kilomètres en Allemagne pour être coupé. Puis il repart par camion à Katowice en Pologne pour être conditionné. Et de Katowice, il arrive en France pour être vendu au consommateur. On sait qu’Unilever fait la même chose avec les cornichons. Autrefois, les cornichons d’Amora-Maille étaient cultivés en Bourgogne autour des sites de productions, puis récoltés et mis en bocaux dans l’usine. Aujourd’hui, ils viennent d’Asie et Unilever jongle avec la vitesse des bateaux arrivant au port pour ne pas payer de stockage !

Plusieurs décisions de justice ont donné raison aux salariés de Fralib1. La multinationale est-elle au pied du mur ?

En clair, Unilever doit reprendre une procédure de fermeture de Fralib et mettre en place un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) pour les 182 salariés. Mais le jugement n’est toujours pas notifié et Unilever joue avec les lenteurs de la justice pour gagner du temps. Quand la notification sera officielle, l’astreinte devrait coûter 300 000 euros par mois au groupe. Pour Unilever, c’est dérisoire. Pour nous, c’est une somme qui sera versée à la caisse du comité d’entreprise, qui nous donnera des moyens supplémentaires pour tenir et nous organiser. Surtout, cela posera un problème d’image à Unilever, une multinationale contrainte de payer une astreinte pour ne pas avoir appliqué une décision de justice…

Le facteur juridique fait que logiquement Unilever devrait venir négocier avec nous. Mais il ne faut pas oublier les aspects politiques. Nous avons été reçus quatre fois à l’Elysée avec notre dossier de reprise de Fralib en coopérative. Ce n’est pas banal ! On s’attache à rappeler les engagements pris par François Hollande avant son élection, ainsi que ceux d’Arnaud Montebourg, qui a tenu des propos très fermes en notre faveur pendant la campagne présidentielle.

Prenant l’exemple de Fralib, Arnaud Montebourg a indiqué qu’il ramènerait à la raison Unilever en taxant à la frontière ses produits et en réquisitionnant la marque. Ce ne sont pas les propos d’un délégué syndical CGT de Fralib ! Ce sont ceux du candidat à la présidentielle lors des primaires socialistes, qui est aujourd’hui ministre du Redressement productif ! On peut comprendre que le dossier Fralib ne va pas être résolu du jour au lendemain, mais on ne comprendra pas que François Hollande et Arnaud Montebourg perdent de vue les objectifs qu’ils avaient fixés avant la présidentielle de 2012.

Le projet de lancer la coopérative provençale des thés et infusions (Scop TI) est pour l’instant bloqué par la multinationale. Que lui demandez-vous ?

Notre projet a été validé par nous, par un cabinet d’expertise et par l’union régionale des scop PACA-Corse. Il tient avec la marque et les volumes cédés par Unilever. Le conseil régional de Provence Alpes-Côte d’Azur (PACA) a voté une subvention pour réaliser une expertise sur le projet d’une solution alternative. Un premier rapport d’étape a été rendu en juillet 2011, au moment où Unilever met en place le deuxième PSE, qui sera par la suite annulé.

Un rapport plus complet est rendu au début 2012, puis un groupe de travail a été mis en place après l’élection de François Hollande. A l’issue des réunions du groupe de travail, un rapport a été validé en juin 2012 par le ministère du Redressement productif. Nous avons été reçu à l’Elysée à la rentrée 2012 et avons obtenu l’engagement que soit organisée une table ronde réunissant l’ensemble des acteurs du dossier.

Nous avons aussi continué à travailler avec l’union régionale des scop de PACA. Un dernier rapport sur la reprise de Fralib par les salariés en scop a été enrichi avec une synthèse réalisée par l’union régionale le 6 décembre 2012, puis le 5 février. 72 salariés sont partants pour s’associer dans la coopérative et le projet de reprise porte sur un effectif de 103 salariés avec une usine dont les machines ont été cédées pour un euro symbolique à la Communauté urbaine de Marseille.

Si Unilever vient à la table des négociations et que nous sortons avec d’autres propositions que celles que nous demandons, peu importe. Nous les étudierons. Si nous considérons que ce qui est obtenu suffit et contribue au fonctionnement de notre coopérative et à sa pérennisation, on prendra.
Il faut savoir qu’Unilever vend chaque jour 2 milliards de produits dans le monde. On ne demande pas la lune ni d’engagements sur dix ans, mais d’amorcer la pompe sur les trois à cinq années qui viennent.


  1. En février, la cour d’appel d’Aix-en-Provence a invalidé la procédure de fermeture de l’usine et annulé les licenciements déjà intervenus. Le 22 octobre, le juge de l’exécution du tribunal de grande instance de Nanterre a condamné sous astreinte Unilever a exécuter l’arrêt rendu 


Photos : Thierry Brun

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