Ecologistes: suicide mode d’emploi dans un écosystéme politique dévasté!

Claude-Marie Vadrot  • 2 décembre 2013
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Depuis juin 1974, moment auquel à Montargis, porteurs des espoirs nés de la campagne présidentielle, la première, de René Dumont, les écologistes tentèrent de constituer une entité ou un mouvement politique, ils passent leur temps et usent leurs forces à couper les têtes. Et elles sont nombreuses les têtes de responsables de cette mouvance qui pavent l’enfer des bonnes intentions de militants toujours inquiets de voir l’un des leurs réussir à être reconnu, à s’imposer ou à séduire. Qu’il s’agisse, pour citer les plus connus, de Brice Lalonde, de Dominique Voynet, de Noël Mamère ou de José Bové écarté pour d’obscures raisons malgré le travail fantastique fait à Bruxelles comme parlementaire avec quelques autres Verts promis aux poubelles de l’histoire écologique pour cause de réussite. Idées et individus écartés avec une sorte de passion autodestructrice qui amène les écolos à faire deux pas en arrière dès qu’ils en ont réussi un vers l’avant et que l’opinion publique est tentée de les applaudir ou de les suivre…

Exemple révélateur : après bien des difficultés, des hésitations et des discussions, les écologistes réunis en parti en 1985, issus de trois mouvances fratricides, avaient réussi à se choisir un nom à la fois simple et facilement mémorisable (les Verts). Ils ont cru bon de le transformer en EELV, sigle dont la signification et la perception ne sont pas évidentes par une population qui ne peut guère se passionner pour des querelles byzantines interminables. Car même un militant plongé depuis des années dans ce bouillon de culture politique ne peut rien y comprendre, pas plus qu’il n’a compris pourquoi et comment Eva Joly a surgi du chapeau vert pour la présidentielle.

Les Verts, simplifions donc, ont réussi à réinventer le radical-socialisme dont les motions se sont efforcées pendant des décennies de ménager la chèvre et le chou. Que ceux-ci soient désormais éventuellement bio ne change rien à l’affaire ! Combien de Français sont capables, au lendemain de leur dernier congrès, de comprendre les nuances et les batailles d’égo qui ont séparé les six motions en présence et permis l’élection d’Emmanuelle Cosse ? Combien de Français et de militants des Verts sont à même d’apprécier la différence avec Pascal Durand ?

Le résultat : dans un congrès de ces écologistes adeptes du complot de couloirs, on ne parle plus guère d’écologie, de protection de la nature, de biodiversité, de pollution ou de changement climatique. Surnagent à grand peine le serpent de mer de la transition énergétique et le combat d’arrière-garde contre l’exploitation des gaz de schiste, dont il faut bien rappeler qu’il a été (pour l’instant) gagné plus grâce à des actions citoyennes que par la mobilisation d’un parti occupé à se regarder le nombril et à se persuader qu’il joue un rôle dans les orientations du gouvernement socialiste. Lequel, en matière d’environnement, ne fait guère mieux que le gouvernement de Sarkozy, le Président qui avait eu au moins le « courage » d’avouer que dans le fond, l’environnement il s’en foutait royalement !

Que ce gouvernement s’accroche désespérément au modèle de l’agriculture productiviste breton, qu’il accepte l’augmentation des pollutions au nitrate et aux produits phytosanitaires, que la loi agricole française en préparation pour janvier ne soit que le copier-coller de la PAC pour satisfaire le président céréalier de la FNSEA, que l’Agence de la biodiversité ne soit toujours qu’un vœu pieux, que les chasseurs fassent la loi dans les campagnes, que l’usage des pesticides ne recule pas, que le diesel reste favorisé par la fiscalité, que l’écotaxe soit remise aux calendes grecques, que le mitage du territoire se poursuive, qu’il soit toujours aussi compliqué d’installer des éoliennes et des panneaux voltaïques ou de chauffage solaire, que les loups et les ours soient toujours impunément pourchassés, que les parcs nationaux soient livrés aux pouvoirs des élus territoriaux qui rêvent d’en faire des parcs de loisirs, que des braconniers flinguent impunément des rapaces, que soit remis à plus tard l’abaissement de la vitesse routière… Tout cela devrait inciter les Verts, encore réunis dans un parti, à consacrer leurs forces à agir plutôt qu’à parler des stratégies politiciennes dont ils sont les seuls à connaitre les arcanes.

Et pour ne pas lasser, on laisse de côté bien des impasses qui pourraient, devraient, inciter les écologistes à reprendre le chemin de l’action. Et sans doute à quitter un gouvernement auquel ils ne servent même plus de variable d’ajustement.

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