Des députés mobilisés pour une autre agriculture

Plusieurs députés ont soutenu les initiatives contre les fermes-usines qui ont débuté le 7 janvier, alors que se discute le projet de loi d’avenir pour l’agriculture.

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Les débats autour du projet de loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt ont débuté le 7 janvier à l’Assemblée nationale sur fond de contestation des projets de fermes-usines. Plusieurs associations, dont la Confédération paysanne, Agir pour l’environnement et l’association Novissen contre la ferme des 1 000 vaches près d’Abbeville, ont organisé un rassemblement devant l'Assemblée nationale pour demander des mesures « énergiques pour un changement en profondeur de la production et la consommation de produits d'origine animale ».

Lire > Mobilisation contre la folie des fermes-usines

Trois députés, Brigitte Allain (EELV), Yves Daniel (PS) et André Chassaigne (Front de gauche) sont venus les soutenir et s'exprimer sur le projet de loi. Propos recueillis.

Illustration - Des députés mobilisés pour une autre agriculture

Brigitte Allain, députée EELV, ex-syndicaliste à la Confédération paysanne et viticultrice dans la Dordogne :

« L’agriculture est d’abord et avant tout l’affaire de tous. Ce n’est pas qu’une affaire paysanne. Si nous voulons une agriculture pour une alimentation, il faut que les citoyens s’emparent de la loi et de ce sujet. On peut être surpris quand on voit ce projet de ferme-usine de 1 000 vaches qui se met en place au moment où nous allons travailler à un projet de loi d’avenir pour l’agriculture qui veut favoriser l’agroécologie. La loi inscrit une autre gouvernance des instances qui attribuent le foncier, l’installation progressive et les aides à l’installation à travers le contrat de génération adapté à l’agriculture, une demande que j’ai présentée au ministre de l’Agriculture. En ce qui concerne la gestion du foncier, il manque un cadrage précis pour favoriser une agriculture de proximité. Nous présenterons plus d’une centaine d’amendements, dont une bonne partie portent sur l’accès au foncier, sur le droit de reproduire les semences paysannes et de les échanger, sur les produits naturels peu préoccupants qui sont utilisés dans l’agriculture biologique et qui ont besoin d’autorisation de mise sur le marché comme pour les produits phytosanitaires. Je propose aussi un contrat alimentaire territorial pour favoriser l’émergence de projets au niveau local. Nous allons ferrailler toute la semaine et nous espérons faire avancer ce texte. »

Illustration - Des députés mobilisés pour une autre agriculture

Yves Daniel, député paysan PS en Loire-Atlantique, producteur de lait et de porc bio, adhérent de la Confédération paysanne :

« Il ne peut pas y avoir d’agriculture sans paysans, mais il ne peut pas y avoir de paysans et d’agriculture si l’ensemble des acteurs ne se mobilisent pas pour le modèle d’agriculture que nous voulons. J’aimerais bien que l’on puisse trouver le moyen d’inverser la courbe de la disparition du nombre de paysans. C’est inacceptable de voir des milliers de paysans disparaître au profit d’une agriculture industrielle comme la ferme des 1 000 vaches. Certes, le projet de loi ne va pas assez loin. Il faut faire un travail de fond sur la formation. Si nous voulons un autre modèle d’agriculture, il faut former les jeunes à cet autre modèle et cela passe par une réforme de l’éducation et de la formation. Il faudra aussi intégrer cette question de l’agriculture dans la loi de décentralisation. »

Illustration - Des députés mobilisés pour une autre agriculture

André Chassaigne, député PCF, président du groupe Gauche démocrate et républicaine à l'Assemblée nationale :

« C’est avec satisfaction que j’ai vu arriver sur les bancs de l’hémicycle des députés venant du milieu paysan, qui portent une autre vision de l’agriculture. Comme moi, ils ne se retrouvent pas totalement dans le texte de loi en discussion. Quoi qu’il en soit, dans ce texte il y a des orientations qui vont dans le bon sens et donnent une vision nouvelle de l’agriculture. Je note en particulier des points positifs concernant l’installation agricole. Il y a une prise en compte ne se limitant pas à la seule surface, et qui prend en considération d’autres données économiques, une autre conception de l’agriculture. Il y a aussi des premiers pas dans le domaine du foncier qui ne vont pas aussi loin que l’on aurait pu le souhaiter et j’ai déposé des amendements sur cette question.
Est posée dans ce texte la question du foncier par rapport aux terres agricoles qui sont mangées par l’urbanisation. Il y a aussi des avancées permettant au niveau juridique de porter des projets nouveaux, environnementaux et économiques. Pour autant, nous souhaitons voter ce projet de loi, mais en soulignant ses insuffisances. Pour ma part, le projet de loi n’attaque pas au cœur les questions fondamentales. Je pense à la question du partage de la valeur ajoutée dans l’agriculture. On ne prend pas à bras le corps la question de la grande distribution, celle de l’encadrement des prix et d’une garantie de revenu pour les agriculteurs. »

Lire > Non à la ferme des 1 000 vaches


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