Il y a tout dedans ! (À flux détendu)

L’Inconnu du lac , d’Alain Guiraudie, le film qui m’a sans doute le plus marqué en 2013.

Christophe Kantcheff  • 9 janvier 2014 abonné·es

En ce début janvier, l’heure des bilans est passée, et pourtant j’ai bien envie de revenir sur le film qui m’a sans doute le plus marqué en 2013, du moins du côté français. C’est l’Inconnu du lac , d’Alain Guiraudie. Son édition en DVD, chez Épicentre films éditions, m’y incite d’autant plus. Le plus fascinant, avec ce film, c’est qu’il concentre tous les aspects de la tragédie classique sans abandonner complètement le terrain de la comédie, et qu’il allie la plus grande économie de moyens avec une palette infinie de sensations. Bref, l’Inconnu du lac, il y a tout dedans ! Unité de lieu : un lac, donc, quelque part dans le Sud, avec une berge naturiste. Unité de temps : quelques semaines de vacances en été. Unité d’action : un couple d’amants se forme près du lac où un crime a été commis.

Alain Guiraudie a réalisé un film de peintre impressionniste, de musicien (le bruit de la nature, celui du vent dans les arbres…) et d’artiste on ne peut plus libre, malgré les contraintes qui pèsent aujourd’hui sur le cinéma d’auteur – financières, en premier lieu, mais aussi idéologiques, dans cette France où l’odeur rance de « la morale pour tous » se propage un peu partout. Dans l’Inconnu du lac, deux hommes font l’amour comme au premier jour de l’humanité. Et c’est tout simplement renversant de beauté. Mais le film n’est pas qu’une ode épicurienne à la nature et à la sensualité. Il mène vers des questions graves, sans aucune sorte de pesanteur. Peut-on se tenir toujours sur la rive, en spectateur de l’existence, sans jamais se mêler aux flots du lac, c’est-à-dire aux tourments de l’existence ? Jusqu’où s’abandonner aux plaisirs de l’amour passion quand celui-ci contient un danger de mort ? L’Inconnu du lac illumine le regard autant qu’il fait froid dans le dos. Il y a de la radicalité romantique, dans ce film, mais un romantisme qui s’épanouirait sous le soleil. L’Inconnu du lac, ou la rencontre inédite de Renoir et de Kleist.

Culture
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