Les écolos en proie au « syndrome Hirsch »

Douchés par les nouveaux reculs du gouvernement, les militants s’accrochent à l’espoir d’une bonne loi sur la transition énergétique.

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L’année a commencé sous de bien mauvais augures pour Europe-Écologie-Les Verts (EELV). Après le virage « social-démocrate » de François Hollande, le 14 janvier, puis le report sine die de la loi sur la famille le 3 février, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, vient de charger un peu plus la mule verte en se déclarant favorable à la recherche sur le gaz de schiste. Un appui inédit aux projets du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg (voir p. 5).

Réunis samedi dernier à Paris en conseil fédéral, les écologistes ont entendu leur secrétaire nationale, Emmanuelle Cosse, cingler le « renoncement consternant » du retrait de la loi sur la famille, un scandale « inacceptable », puis s’étonner de la teneur des annonces de Hollande et de l’extrême flou du « pacte de responsabilité » proposé aux entreprises. « Nous allons en proposer notre propre grille de lecture. » Quelles compensations obtenir des entreprises – emplois, dialogue social, transition énergétique, protection sociale ?  « Je ne suis pas favorable à des “contreparties”, mais plutôt à des “critères” », commente Jean-Vincent Placé, président du groupe sénatorial EELV. Une prudence qui reflète la faible marge de manœuvre du parti dans son ambition de peser sur le gouvernement, relativisant la menace de cette « participation combative et intransigeante » à laquelle appelle Emmanuelle Cosse. Dans une motion adoptée samedi dernier, le conseil fédéral s’est borné à « réaffirmer » ses orientations, toutes insatisfaites : renforcement du pouvoir des salariés, instauration d’une fiscalité écologique pour les entreprises et d’une taxe sur les transactions financières, lutte renforcée contre l’évasion fiscale, arrêt des grands projets inutiles (ligne Lyon-Turin, EPR, aéroport de Notre-Dame-des-Landes). Un amendement a cependant fait monter la température : l’opposition interne voulait indiquer qu’EELV « ne pourra pas voter la confiance au gouvernement »  1 en l’état actuel. Repoussé à deux voix près (sur 137), pour la formulation moins offensive du bureau exécutif, qui renvoie la décision sur ce vote au conseil fédéral du 5 avril. « L’opposition est en passe de devenir majoritaire », constate Didier-Claude Rod, qui s’est désolidarisé, avec d’autres cadres, de la ligne de la direction. «  Nous avons eu de très vifs débats entre nous… »

La démission des deux ministres EELV, souhaitée par Eva Joly pour l’après-européennes, n’est donc « pas le débat du moment », coupe Emmanuelle Cosse, alors que se profilent deux scrutins majeurs pour les écologistes. Le rendez-vous décisif est la loi de transition énergétique, juge-t-elle. « Nous souhaitons la voir présentée au Conseil des ministres dès juin. Mais nous sommes inquiets, car les arbitrages sont toujours en cours, en raison de la pression des grands lobbies. » Pique du député Sergio Coronado, opposant interne : « C’est le syndrome “Hirsch”, lui qui justifiait sa participation au gouvernement Sarkozy par l’unique projet de voir adoptée sa loi sur le revenu de solidarité active. »


  1. Demandée par François Hollande pour juin prochain, après les élections européennes. 


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