Notre-Dame-des-Landes : après les violences, les opposants réaffirment leur unité

La coalition hétéroclite des anti-aéroports se dit « prête » à tenir jusqu’au bout, malgré les divergences de vue sur le recours à la violence.

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Les opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes se sont réveillés dimanche avec la gueule de bois. La manifestation nantaise de la veille était un franc succès populaire, mais elle a donné à voir pour la première fois l’image d’un mouvement à l'offensive face aux forces de l’ordre, loin des prairies gorgées d’eau de la « ZAD » où doit s’élever le futur aéroport.

Le mal de tête était plus dur encore en début de semaine, avec un second round, médiatique, et la mise à l’index des « casseurs ». Un « déferlement » rarement égalé, dans l’histoire d’une lutte pourtant très médiatique. De mémoire de militant, il faut remonter au mois d'octobre 2012 lors de l'opération « César » pour retrouver un tel emballement. « À croire qu'il faut qu'il y ait de la violence pour que notre combat suscite l'intérêt des médias » , observe Julien Durand, porte-parole de l'Acipa, association citoyenne opposée au projet d'aéroport.

Un débat passionné sur le recours à la violence

La pression commence à retomber doucement sur la « zone d’aménagement diféré » occupée par les opposants. Mardi soir, une assemblée générale d’une gravité particulière réunissait « presque 300 personnes » à la ferme de la Vacherie.

« Nous avons eu un débat passionné et passionnant sur la question de la violence , raconte « Camille », qui répond à la presse au nom des occupants de la ZAD . Certains trouvent les événements de samedi regrettables. Nous, nous réfléchissons sur l’origine de cette colère. »

L'enjeu est de taille, car les images de samedi pèsent lourd dans la « bataille de l’opinion », jusqu’ici largement à l’avantage des opposants au projet d'aéroport. « Mon jugement n’est pas tendre par rapport à certains qui ont bousillé la fête samedi , assure Françoise Verchère, conseillère générale PG de Loire-Atlantique et figure du mouvement. Ils expliquent avoir ciblé les symboles du pouvoir, mais ce n’est pas acceptable de faire peser la menace de la violence policière sur les familles venues manifester » , ajoute l’élue, qui se dit « fascinée » par la « gestion lamentable » des débordements par les forces de l’ordre.

« Nous ne sommes pas un mouvement pacifique , précise “Camille”. Nous assumons l’action directe et les opérations d’occupation, sans avoir jamais fait de victime ni utilisé d’armes. »

Ce débat restera difficile à trancher, au sein d’un mouvement particulièrement hétéroclite. « Les événements vont créer des tensions et crisper un peu les choses, mais les différences d’approche ont toujours existé , tempère Dominique Guitton, paysan du Collectif des organisations agricoles opposées à l’aéroport (Copain), qui occupe la ferme de Bellevue. Les divergences sont normales dans un mouvement qui fédère aussi largement. »

L’alliance des militants anticapitalistes, des paysans et des habitants de la ZAD reste donc solide, à en croire les principaux intéressés, qui donnaient jeudi après-midi une conférence de presse commune pour marteler ce message. « La tentative de dissociation entre “zadistes“ et militants associatifs a totalement échoué. Ils ont peut-être gagné la bataille médiatique pendant deux ou trois jours, mais il y a une volonté très forte de toute part de ne pas nous séparer » , ajoute “Camille”.

Conférence de presse des opposants au projet d’aéroport, 27 février 2014. - JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

« Répression policière »

Les organisateurs du rassemblement, soutenus ce mercredi par 26 comités de soutien dans toute la France, préfèrent insister sur leur version des événements de samedi. Ils dénoncent unanimement la violence de la police et les manœuvres de la préfecture de Loire-Atlantique, qui n’a rien fait selon eux pour prévenir les affrontements. En interdisant le centre-ville de Nantes au cortège, elle aurait aussi contribué à faire monter la pression.

« Nous sommes en train d’accumuler des témoignages », indique Françoise Verchère1. Ils affluent depuis plusieurs jours sur une page Facebook dédiée, tandis que le récit des circonstances ayant coûté la perte d’un œil à un manifestant circule également. Mardi, un journaliste de RennesTV a porté plainte contre X, s’estimant victime d’un tir tendu de grenade de « désencerclement ». Un photographe indépendant raconte aussi, images à l’appui, avoir reçu un tir de Flash-Ball à moins de 5 mètres.

  • La manif et les débordements filmés par RennesTV :

Les organisateurs peinent surtout à faire valoir le succès « inégalé » de la mobilisation, rendu possible par le renfort de 520 tracteurs venus des départements limitrophes. Une victoire occultée par le récit gouvernemental d’une ville « dévastée » par « l’ultra-gauche ». Jacques Auxiette, président PS de la région Pays de la Loire, s’est aussi engouffré dans cette brèche pour réitérer sa demande d’évacuer la zone.

Lire > Notre-Dame-des-Landes : la démonstration de force des opposants   

Pierre-Henry Brandet, porte-parole du ministère de l’Intérieur, samedi après-midi aux abords de la manifestation nantaise. - Patrick Piro - Politis

Sur place, Françoise Verchère espère donc rapidement en revenir au fond des débats. « Notre argumentaire peut faire percer la vérité sur ce projet et les violences ne changent rien à la légitimité de notre combat , promet-elle. Et j’ose espérer que l’opinion publique n’est pas dupe des mensonges d’État. »

Tous assurent donc que leur détermination est intacte. Un plan de blocage de la région et des « flux économiques » proches de la ZAD est prêt en cas d’opération de police sur la ZAD et les comités de soutien sont sur le qui-vive. « Ils nous ont redit qu’ils seraient présents immédiatement en cas d’intervention » , assure « Camille ».

Attac y a ajouté sa voix, ce jeudi, sans ambiguïté : « En cas de nouvelle tentative de vidage de la zone, nous poursuivrons avec acharnement la résistance sur le terrain, ensemble » , prévient l’organisation.

Lire > NDDL : après la manif'…         

Les derniers recours sur la méthode de compensation dans le cadre de la loi sur l’eau doivent être examinés par le tribunal administratif. D’ici là, les derniers occupants légaux des maisons situées sur la ZAD ne sont théoriquement pas expulsables en vertu de l’accord dit de la grève de la faim, conclu en mai 2012.


  1. Trois manifestants interpellés samedi ont été condamnés lundi à des peines de prison fermes (de cinq à douze mois) 


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