Notre-Dame-des-Landes : la démonstration de force des opposants

En dépit des heurts dont le centre de Nantes a été le théâtre, samedi dernier, l'imposant défilé de près de 50 000 manifestants pacifiques est un pari gagné pour les anti-aéroport, interpellant plus que jamais les politiques sur l'absurdité du projet.

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La pluie a menacé quelques minutes, avant que le soleil ne s'installe toute l'après-midi sur Nantes. Samedi 22 février, la manifestation des opposants au projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes a connu une ampleur inégalée selon les organisateurs (association Acipa et coordination des opposants à l'aéroport) : plus de 50 000 participants venus de toute la France, 520 tracteurs dont certains avaient été autorisés à stationner à proximité du centre-ville. La préfecture a compté pour sa part 20 000 manifestants.

Les organisations politiques et syndicalistes — Europe écologie les Verts, Parti de gauche, régionalistes bretons et catalans, Confédération paysanne, etc. —, ont joué le jeu de la diversité voulu par les « anti » en ne constituant pas de blocs au sein du défilé.

De nombreux opposants à des « grands projets imposés et inutiles » avaient fait le déplacement. Les Italiens de « No TAV », arcboutés contre la ligne à grande vitesse Lyon-Turin, réclament la libération de leurs camarades interpellés. « Gardons l'aéroport… en Sud-Loire ! », scande un groupe de Bouguenais, ville où est situé l'aéroport que les aménageurs, Jean-Marc Ayrault en tête, veulent déplacer à Notre-Dame-des-Landes.

Les « Vinci dégage ! » exigent, ad libitum, l'abandon du projet par le géant du BTP qui en a la concession. D'autres pancartes affichent « Non à l'Ayrault-port de Notre-Dame-d'Hollande » : pour les manifestants, il s'agit bien d'un projet politique, maintenu à bout de bras par le couple exécutif.

300 et 500 casseurs très décidés

La préfecture avait interdit la manifestation en centre-ville, ce qui n'a pas empêché une partie du cortège de s'étaler largement dans des rues adjacentes dans une ambiance paisible. Provocation ? La présence de plusieurs centaines de CRS, débarqués la veille pour cadenasser une partie du parcours au moyen de herses, laissait présager la suite.

En milieu d'après-midi, entre 300 et 500 casseurs très décidés passaient à l'action. Pendant près de sept heures, ils s'en sont pris à des cibles symboliques, comme un commissariat et une boutique de Vinci, dont un engin de chantier a été incendié. Plusieurs vitrines sont tombées, et des incendies ont éclaté en divers endroits. Quelques portions de chaussée ont été dépavées.

Dès le début de la soirée, la préfecture de Loire-Atlantique, des élus locaux et le gouvernement sautaient sur l'occasion pour stigmatiser plus ou moins ouvertement les organisateurs de la manifestation ainsi leurs soutiens politiques (EELV, Parti de gauche), accusés d'irresponsabilité au prétexte qu'ils dialoguent avec les occupants de ZAD (site pressenti pour l'aéroport), soupçonnés de composer le gros des troupes qui ont fomenté les troubles.

Si Ayrault a semblé vouloir calmer le jeu, après avoir demandé à EELV de « sortir de l'ambiguïté » , des ruptures semblent en vue en Loire-Atlantique entre socialistes (pro-aéroport) et écologistes.

Lire notre analyse dans le n°1292 de Politis , jeudi 27 février en kiosques et sur Politis.fr dès mardi.


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