Pete Seeger : Une voix toujours juste

Pionnier du mouvement folk, Pete Seeger incarnait une Amérique qui refuse le racisme et la violence.

Denis Constant-Martin  • 6 février 2014 abonné·es

Le poète Carl Sandburg, précurseur du mouvement folk, avait qualifié Pete Seeger, disparu le 27 janvier, de « diapason des États-Unis ». Le diapason sert à être juste et à s’accorder. S’agissant de Pete Seeger, il peut être pris comme la métaphore qui permet de lier justesse et justice, accord musical et union dans le combat. Né en 1919 d’un père musicologue et d’une mère musicienne, Pete Seeger découvrit le banjo en 1936, apprit à en jouer et, quatre ans plus tard, commença à se produire avec Woody Guthrie, qui devint son mentor musical et politique. Ensemble, ils prirent part à la création des Almanac Singers, un groupe dont les chansons prônaient la paix, s’opposaient au racisme et défendaient les syndicats. Après la Seconde Guerre mondiale, qui l’envoya dans le Pacifique chanter pour les soldats, il participa avec les Weavers au renouveau folk new-yorkais, puis se lança dans une carrière solo, entravée par la hargne de la Commission des activités non américaines, dont il ne sera débarrassé qu’en 1962. Pete Seeger avait adhéré en 1936 aux jeunesses communistes, puis au parti un peu plus tard, pour s’en éloigner dans les années 1950, sans renier ses idéaux. Pour lui, musique et engagement étaient indissociables. Doté d’une voix de ténor léger, un peu nasillarde, produisant un effet magnétique, très habile aux techniques d’ornementation du chant populaire, il interpréta un immense répertoire, parfois ancien, parfois composé en fonction des nécessités du moment, mais qui avait toujours pour but de rappeler l’existence d’une autre Amérique : celle du petit peuple des villes et des campagnes, de ceux qui sont surexploités, vivent dans la peine et ne peuvent cesser de se battre.

Ce rappel était aussi un appel : non un effort de mémoire, mais une incitation à continuer la lutte sur tous les fronts. Pete Seeger s’impliqua ainsi dans le mouvement pour les droits civiques (où il contribua à faire connaître « We Shall Overcome »), il prit position contre la peine de mort, contre la guerre au Vietnam, lança un mouvement de défense de l’Hudson, menacé par la pollution, et, à 92 ans manifestait encore en solidarité avec le mouvement Occupy Wall Street. Passerelle entre Woody Guthrie et Bob Dylan, qu’il soutint à ses débuts, Pete Seeger avait inscrit sur son banjo : « Cette machine cerne la haine et la force à céder. » Il fit la preuve qu’on pouvait y parvenir en beauté.

Musique
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