Gennevilliers interpelle Vincent Peillon sur les rythmes scolaires

Le maire de Gennevilliers, Jacques Bourgoin, interpelle Vincent Peillon : sa ville a préparé une mise en place des rythmes scolaires qui n’entre pas dans le cadre du décret mais qui est prête et financée.

Ingrid Merckx  • 7 mars 2014
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Gennevilliers interpelle Vincent Peillon sur les rythmes scolaires
© Photo: MIGUEL MEDINA / AFP

Jacques Bourgoin ne comprend pas. Le ministre de l’Éducation s’obstine à ne pas le recevoir et persiste à ne pas lui accorder de dérogation concernant le projet de mise en place des nouveaux rythmes scolaires dans sa ville. Le 6 mars, le maire de Gennevilliers a donc organisé une conférence de presse dans sa mairie, pour faire savoir de quoi il retourne.

La ville de Gennevilliers a décidé, en février 2013, qu’elle prendrait le temps de réfléchir à la mise en place de la réforme, pour ne l’appliquer qu’à la rentrée 2014. La municipalité a rassemblé parents, enseignants, personnels municipaux et associations pour élaborer sa « recette » des rythmes scolaires. Comme quelques autres villes, elle n’a pas rendu sa copie à l’inspecteur d’académie (Dasen) fin janvier au motif qu’il allait la refuser. Pourquoi ? Elle ne répond pas au cahier des charges fixé par le ministère.

Gennevilliers, en effet, a découpé la nouvelle semaine de 4,5 jours d’école non pas en neuf demi-journées mais en huit demi-journées d’enseignement. Celles-ci seraient réparties sur cinq matinées, dont le mercredi matin, et trois après-midi pour un total hebdomadaire de 24 heures, qui ne change pas. Le dernier après-midi (neuvième demi-journée) devant servir à programmer deux heures de temps d’activités périscolaires (TAP).

Ceci pour construire, en cohérence avec l’Éducation nationale, un vrai programme éducatif. Le TAP serait constitué de cinq parcours : sportif, découverte artistique, expression, sciences et découvertes et citoyenneté. Chaque enfant devant bénéficier des cinq parcours dans l’année.

« Gennevilliers est une ville très populaire, où toutes les écoles sont classées ZEP, explique Jacques Bourgoin. Nous avons un secteur périscolaire très développé. Mais nous avons observé que certaines activités, notamment culturelles, attiraient principalement les couches moyennes. Nous nous sommes dit que, si elles se déroulaient sur le temps scolaire et gratuitement, ce seraient de bien meilleures conditions pour toucher tous les enfants. »

Gratuité complète

Ainsi, Gennevilliers a fait le choix de la gratuité complète des activités périscolaires. La ville consacre déjà 3 000 euros par élève et par an pour le périscolaire. Son projet lui ferait ajouter une centaine d’euros par élève.

« On peut et on veut investir dans l’éducatif, insiste Jacques Bourgoin. Nous en avons les moyens. Et nous sommes quasiment prêts à appliquer la réforme. »

Seulement, l’organisation horaire ne convient pas au ministère. En s’appuyant sur les travaux de la chronobiologiste Claire Leconte, Gennevilliers a décidé que les matinées d’enseignement dureraient 3 h 36 (et non 3 heures) – période où les élèves seraient les plus réceptifs. Ce qui porterait la journée d’école à 5 h 36 au lieu des cinq heures réglementaires. En outre, si la loi prévoit des aménagements par ville, le principe est celui de la répartition du périscolaire pour raccourcir les journées, et non de le concentrer sur un après-midi.

« Pourtant, poursuit Jacques Bourgoin, certaines villes, comme Munster, ont obtenu une dérogation pour huit demi-journées, parce qu’elles les ont déjà mises en place à titre expérimental. Comme ça n’est pas notre cas, le ministère nous bloque. »

Une autorisation d’expérimentation ?

À défaut de dérogation, Gennevilliers demande l’autorisation de procéder à une expérimentation. Ce que redoute Jacques Bourgoin : en cas de non réponse d’ici au 30 avril, l’académie considérera que le maire n’a pas donné son avis sur la réforme et qu’il lui appartient de la mettre en place. Auquel cas, il alignerait Gennevilliers sur le fonctionnement majoritaire dans l’académie. Or, la ville tient à la spécificité de son projet en ce qu’il tient compte des rythmes de l’enfant dans leur ensemble.

Ironie du sort : Gennevilliers, ville communiste, se retrouve sur le banc des vingt-deux villes mauvaises élèves vis-à-vis de la réforme, dont peut-être dix-huit de droite. Sauf que celles-ci ont décidé de boycotter la réforme par principe, quand Gennevilliers propose une mise en place qui n’est pas prévue par les textes.

À quelques semaines du scrutin des municipales, force est de constater que les rythmes scolaires ne sont pas au coeur des préoccupations. C’était pourtant pour éviter de perturber la campagne que le ministère avait reporté la date limite de dépôt des projets à la fin avril.

Les maternelles ne seraient pas concernées par le projet arrêté à Gennevilliers : il faut pouvoir respecter un temps de repos pour les petites et très petites sections et ne pas imposer aux enfants plus de trois adultes référents : enseignant, Atsem et animateur du centre de loisir, rappelle Jacques Bourgoin.

Ce dernier a déjà contacté l’inspecteur d’académie et le ministre, ainsi qu’une commission mixte de députés et de sénateurs. En outre, il annonce une démarche d’action commune à une dizaine de villes engagées dans un processus expérimental.

Société
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